Ces photos nous conduisent irrémédiablement à nous émerveiller devant la beauté et l'ingéniosité des formes de la nature, fût-elle l'une des plus simples qui soient.

Le silence des mers sur les murs du musée

Ils s'appellent dragon-boa, sébaste acadien ou même reinardtius hippoglossoides. Ce ne sont pas des noms d'oiseaux, mais de poissons qui évoluent dans les eaux de l'Arctique canadien. Le monde du silence recèle une vie animale d'une diversité prodigieuse, comme l'illustrent les photographies de l'exposition Sous la surface: radiographies des poissons arctiques présentée au Musée canadien de la nature jusqu'en janvier 2015.
Seize espèces - sur les quelque 200 recensées dans le Nord canadien - ont migré en noir et blanc sur les cimaises de la Galerie aux murs de pierre, située à l'étage inférieur du musée.
L'espace méconnu abrite généralement de petites expositions qui offrent une perspective plus artistique sur le monde naturel. Coup de projecteur sur quelques spécimens époustouflants d'étrangeté qui peuplent les eaux polaires du Canada.
Mâchoire protubérante, dents acérées, l'Avaleur n'a peut-être pas l'air très amène mais possède des atouts morphologiques qui font de lui une créature terriblement efficace. «À des profondeurs abyssales, les proies se raréfient, explique le conservatoire Noël Alfonso. Certains poissons ne mangent que huit fois par an, ils ont tout intérêt à saisir leur repas quand il se présente!»
Petites sardines ou gros flétan, ces photos nous conduisent irrémédiablement à nous émerveiller devant la beauté et l'ingéniosité des formes de la nature, fût-elle l'une des plus simples qui soient. En voilà un qui gobe ses proies entières sans ménagement, preuve à l'appui du dernier repas dans l'estomac dont on discerne parfaitement les contours grâce à la technique radiographique employée. Un autre qui, très apprécié dans la chaîne alimentaire, ne se déplace qu'en bancs avec ses congénères, une parade pour se disperser rapidement à l'arrivée d'un prédateur.
On apprendra aussi que les poissons forment le groupe de vertébrés le plus vieux et le plus diversifié de la planète - certaines espèces recelant environ 150 arêtes. D'aucuns ont développé des caractéristiques de survie dans des conditions extrêmes: «Ils présentent de grands yeux, des organes bioluminescents grâce auxquels ils survivent à des profondeurs abyssales ou encore possèdent une protéine antigel, car l'eau saline ne gèle pas toujours à des températures négatives», rappelle le conservateur.
Cette courte exposition privilégie la force visuelle des agrandissements photographiques. Mais si le musée se prévaut de vouloir procurer «une réflexion fondée sur les faits, des expériences inspirantes, et un engagement constructif», il manque assurément un chapitre concernant l'impact du réchauffement climatique sur ce monde des profondeurs. C'est en Arctique que le réchauffement est le plus marqué: quel impact sur la faune marine, la biodiversité et l'évolution de la classification des espèces?
«Le simple fait d'organiser une exposition nous aide à revoir la classification», note le conservateur Kamal Khidas en assurant que le monde des océans est entré en migration et que le nombre d'espèces remontant vers le pôle Nord ne cessera de croître dans les prochaines années.