«J'aurais pu prendre ma retraite et voyager. Mais je voulais aider les gens où les besoins sont plus grands dans notre communauté», confie Gérald Vaillancourt.

Le septuagénaire au grand coeur

Ils obtiennent rarement la reconnaissance du public. Et pourtant...
Et pourtant, les intervenants de la Croix-Rouge sont toujours les premiers sur les lieux d'un sinistre, d'une catastrophe, d'une tragédie. Et pendant les trois jours qui suivront l'événement, ils seront là pour les sinistrés afin de leur offrir logement, vêtements, nourriture et le reste. Trois jours à jouer les anges gardiens... bénévolement.
Quand une famille de quatre enfants de la rue St-Rédempteur du secteur Hull a été jetée à la rue par un violent incendie, le jour de l'An, les intervenants de la Croix-Rouge ont été dépêchés pour se rendre au secours de ces gens.
Les médias ont-ils mentionné leur intervention dans leurs comptes-rendus de la tragédie? Non. Ou très peu. Parce qu'on tient trop souvent leur présence et leurs services pour acquis. Il y a un malheur, les bénévoles de la Croix-Rouge seront là. C'est comme ça.
Le Gatinois Gérald Vaillancourt recevra demain soir toute la reconnaissance qui lui revient. Intervenant bénévole à la Croix-Rouge Gatineau depuis plus de 10 ans, cet homme de 76 ans (!) recevra la médaille méritoire de la Croix-Rouge pour «son professionnalisme exceptionnel dans son bénévolat». M. Vaillancourt deviendra demain le premier résident de l'Outaouais de l'histoire de la Croix-Rouge à recevoir ce prestigieux honneur.
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Gérald Vaillancourt a été enseignant pendant 33 ans de sa vie, la majorité de ces années comme professeur d'enseignement moral à l'école secondaire Mont-Bleu.
À sa retraite, il y a approximativement 20 ans, il a décidé d'occuper son temps au bien-être des autres.
«Je venais de terminer 33 ans de carrière, et je voyais 33 autres années de retraite devant moi, lance-t-il. Alors j'ai identifié où sont les besoins dans la société et j'ai commencé à faire du bénévolat.»
Il a «travaillé» pendant 10 ans à l'hôpital de Hull. Quatre années d'écoute à Tel-Aide Outaouais ont suivi. En 2000, il est devenu livreur pour la Popote roulante du Centre d'action bénévole de Gatineau. Il l'est toujours à ce jour.
Il y a un peu plus de 10 ans, il s'est joint à l'équipe d'intervenants de la Croix-Rouge. Et depuis, il est appelé, en moyenne, une fois par semaine pour apporter une aide urgente aux sinistrés. Jour et nuit, beau temps mauvais temps, hiver comme été, et peu importe où en Outaouais le malheur a frappé, le septuagénaire au grand coeur y sera.
«J'aurais pu prendre ma retraite et voyager, dit-il. Mais je voulais aider les gens où les besoins sont plus grands dans notre communauté. J'ai bien aimé mes dix années à l'hôpital. Et comme livreur à la Popote, je suis parfois la seule personne que le bénéficiaire verra dans sa journée. Le seul sourire, le seul 'comment ça va?' Et à la Croix-Rouge, ma récompense est la reconnaissance des gens que j'aide. Leur reconnaissance nous redonne beaucoup, c'est incroyable.
«J'aime rendre service, ajoute-t-il. J'aime le réconfort de faire quelque chose d'utile. Et le plus réconfortant, c'est de voir des gens qui ont tout perdu réussir à se rétablir et à reprendre leur vie grâce à notre aide. C'est ça, ma récompense. Et il n'y a pas de prix là-dessus.»
- Mais que pensez-vous des médias qui parlent peu ou jamais du travail des intervenants de la Croix-Rouge?
- J'avoue que c'est parfois frustrant, répond-il, visiblement mal à l'aise à cette question d'un... journaliste. C'est un peu frustrant parce qu'on est toujours là. Mais pour plusieurs personnes, la Croix-Rouge est l'organisme qui collecte du sang et c'est tout. Parfois, quand on fait des activités de financement dans les entrées des centres commerciaux et des magasins d'alimentation, les gens ne donnent rien en nous disant: 'j'ai donné du sang l'autre jour...' Mais ce qu'ils ne savent pas, c'est que ça fait près de 15 ans que la Croix-Rouge n'est plus dans la collecte de sang!, lance-t-il en riant.
- Est-ce difficile pour le moral de voir régulièrement des gens en situation de détresse?
- Un peu. Mais nous travaillons en équipe (la Croix-Rouge Gatineau compte 25 intervenants et plus de 30 réservistes). Et après chaque intervention, l'équipe se réunit pour un debriefing, pour voir ce qui a bien et moins bien fonctionné durant notre intervention. Et ces rencontres nous permettent de revenir sur le cas, d'en parler, et parfois de «ventiler» un peu. Mais c'est vrai que c'est parfois difficile de se dissocier de certaines choses qu'on a vécues durant nos trois jours d'intervention.
- Et que pensez-vous de l'honneur qu'on vous rendra demain soir?
- Ça me fait chaud au coeur, répond-il. Ça me surprend. Je ne pensais jamais recevoir une reconnaissance officielle. Donc ça me fait chaud au coeur, ça me touche beaucoup et ça m'encourage à continuer.
- Mais jusqu'à quel âge, M. Vaillancourt? Allez-vous un jour prendre une retraite de vote bénévolat?
(Il y songe longuement puis, d'un large sourire, il répond:)
- Non.»
(Pour joindre la Croix-Rouge Gatineau pour toute situation d'urgence: 1-877-362-2433).