Catherine Veilleux donne des ateliers de djembé dans plusieurs écoles de la région. Elle enseigne aussi aux personnes âgées, à des enfants dysphasiques et à des personnes en proie à des problèmes de santé mentale.

Le rythme de la réussite

Dans la classe de musique de l'école primaire Notre-Dame, à Gatineau, une douzaine d'enfants tapent à qui mieux mieux sur des djembés, un type de tam-tam originaire de l'Afrique de l'Ouest, qu'ils coincent solidement entre leurs jambes.
Devant la classe, Catherine Veilleux donne la cadence en tapant sur un dumdum, un ensemble de trois tambours traditionnels africains. À l'unisson, tous les instruments produisent un son puissant et envoûtant. Au point de faire vibrer les murs de cette école située dans un milieu défavorisé de l'Île-de-Hull.
Chaque semaine, Catherine Veilleux revient devant la classe pour donner l'atelier de djembé. Sous prétexte d'initier à la musique ces élèves de 5e et 6e années, elle expérimente en fait une approche pédagogique beaucoup plus ambitieuse. Le djembé devient un moyen pour atteindre des buts, impliquer les élèves et favoriser la réussite scolaire.
Catherine Veilleux enseigne aux élèves le rythme du jour, une séquence à la fois. Tant que le groupe au complet n'a pas réussi une séquence, pas question de passer à la suivante. On ne laisse personne derrière. Les enfants doivent alterner entre deux notes, la basse qui se frappe au milieu du tambour, et la claque qui se donne sur le bord de l'instrument. Ça semble simple. Mais tout est question de bien marquer le rythme et de ne pas se tromper de note.
Malgré la présence du directeur de l'école dans la classe, certains élèves se montrent dissipés et peinent à garder leur calme. Avec beaucoup de patience, Catherine réussit à conserver leur attention et à les convaincre de se concentrer. «Plusieurs d'entre eux ont une peur bleue de l'échec. C'est pour cela qu'ils refusent de s'engager, de vivre le moment présent, et qu'ils ne font les choses qu'à moitié. Si je peux arriver à accrocher ces élèves ne serait-ce que cinq minutes durant l'atelier, c'est une victoire», raconte-t-elle.
C'est que Catherine Veilleux se reconnaît beaucoup dans les élèves malheureux à l'école. Dès l'école primaire, elle-même s'ennuyait à mourir en classe. «J'étais toujours dans la lune, complètement désengagée», se rappelle-t-elle. Si bien que lorsqu'elle a dû se choisir une carrière, elle a opté pour l'enseignement. Avec une idée en tête: devenir un professeur capable d'aller chercher les élèves qui, comme elle, ne trouvaient pas leur compte à l'école.
C'est ainsi qu'elle est devenue enseignante au primaire. Mais une enseignante aux méthodes peu orthodoxes qui n'hésitait pas à amener sa classe au parc pour sa leçon de mathématiques. Mais son approche dérange, bouscule les règles établies. C'est la découverte du djembé, en 2001, qui va tout changer. Un coup de foudre qui l'amènera à se former auprès de maîtres au Canada, aux États-Unis et en Guinée. Et qui la poussera à abandonner l'enseignement pour se consacrer entièrement à sa nouvelle passion.
Aujourd'hui, elle donne des ateliers de djembé dans plusieurs écoles primaires et secondaires de la région. Elle enseigne aussi aux personnes âgées, à des enfants dysphasiques et à des personnes en proie à des problèmes de santé mentale.
Avec ses ateliers, elle réussit à atteindre l'objectif qui lui était inaccessible comme enseignante. Grâce au djembé, des enfants normalement dissipés s'intéressent soudain à quelque chose et s'appliquent. Certains sortent de leurs coquilles. C'est que la culture du djembé vient avec des danses, des chansons. Lors du spectacle de fin d'année, chacun finit par trouver sa place. «Dans un de mes ateliers, il y avait un gros et grand gars, un peu mou, dysphasique, qui se faisait niaiser à l'école. Mais lorsqu'on a fait la danse des hommes forts dans la classe, il a changé du tout au tout. Il a appris la séquence par coeur, il l'a exécutée avec précision, avec une posture bien droite. Il était devenu l'homme fort de l'école et ça m'a fait du bien de le voir se transformer ainsi», raconte Catherine Veilleux avec émotion.
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J'en profite pour vous dire que Mme Veilleux fait partie des conférenciers invités à la première soirée certifiée TED en Outaouais. Au total, 8 conférenciers aux idées originales prendront la parole. C'est le 15 mars prochain à la Maison du citoyen de 13h à 18h. Les billets sont en vente au prix de 50$. Plus d'information à tedxgatineau.com.