Le Rouge et Noir et les francophones

À l'approche d'un premier match local fort attendu, le Rouge et Noir d'Ottawa a poursuivi son opération charme auprès des francophones lundi.
Une délégation de l'équipe, menée par le directeur général Marcel Desjardins et le directeur des communications du Ottawa Sports and Entainment Group (OSEG) Mike Sutherland, est passée par le bureau du maire de Gatineau Maxime Pedneaud-Jobin.
Elle lui a présenté un casque de l'équipe muni, comme il se devait, de la marque de commerce francophone du club de la capitale (un petit « Rouge et Noir » à l'avant, pour aller avec le logo du « R » dans une scie circulaire).
Par la même occasion, l'équipe a présenté son équipe « d'ambassadeurs francophones », menée par l'homme d'affaires Jean-Guy Gorley, appuyé par Larry Green et Nicolas St-Pierre, la voix de l'équipe à Unique FM et président d'Intersport Production.
Ce groupe travaille déjà depuis quelques mois pour aider l'équipe à lancer ses activités de la bonne façon auprès du marché francophone, et les résultats sont probants puisque près de 1000 abonnements saisonniers ont trouvé preneur à Gatineau, alors que les Renegades n'en comptaient qu'une cinquantaine lorsqu'ils ont rendu l'âme, en 2006.
« J'avais rencontré la direction de l'équipe en février dernier, car on m'avait approché. Je leur avais dit que ça prenait un engagement complet de leur part, un engagement à long terme partant des dirigeants du club. Ils ont maintenant un plan en main qui passe par une intégration aux systèmes de football scolaire et civil, par les Griffons, ainsi que par les écoles secondaires francophones du côté de l'Ontario, car il y a beaucoup de francophones là, il ne faut pas l'oublier. Il faut aussi une présence à la Chambre de commerce, au RGA (Regroupement des gens d'affaires), etc. », me confiait Gorley en sortant du bureau du maire.
Ce dernier apprécie les démarches du nouveau club en sol gatinois, d'autant plus qu'il est lui-même un ancien joueur de football. « Je ne suis pas un grand sportif, mais j'ai joué cinq ans à l'école secondaire. J'étais demi défensif pour les Voltigeurs du Collège Bourget de Rigaud... On n'en parlera pas trop, on n'a gagné qu'un match à mes deux dernières années. On était un petit collège avec un bassin de 250 garçons pour jouer contre de grosses polyvalentes. Je me souviens d'une défaite de 88-8 », se remémorait Pedneaud-Jobin.
On va souhaiter que le Rouge et Noir, qui a subi la défaite à ses deux premières sorties en saison régulière, soit un peu plus compétitif que ça, évidemment.
Mais revenons à nos moutons, soit leurs efforts pour avoir une forte présence de l'autre côté de la rivière des Outaouais. « À Ottawa, la langue française est en milieu minoritaire, ça prend des institutions qui y croient, qui véhiculent un français correct et qui donnent au français la place qu'il mérite. C'est très important que ça soit fait dans le milieu du sport et c'est bien de voir que le Rouge et Noir prend ça au sérieux autant que ça », soulignait M. le maire avec à-propos.
Jusqu'à maintenant, le club n'a fait qu'un seul faux pas à ce niveau, lors du baptême de sa mascotte. Après un tollé quand elle a été nommée « Joe Mufferaw », le tir a été rectifié quand le bonhomme à l'effigie de Jos Montferrand a été renommé « Grand Jos/Big Joe ».
Un autre ambassadeur de l'Outaouais aurait pu avoir un impact encore plus grand, soit le receveur gatinois Simon Le Marquand, mais l'ancien des Griffons et des Gee Gees, dont la mise sous contrat avait été annoncée en grande pompe en décembre dernier, n'a pas été retenu à la fin du camp d'entraînement.
« À talent égal, la tendance va être d'aller avec un joueur francophone. Mais les décisions doivent être d'abord prises au niveau football, pas au niveau de la langue », s'est défendu Desjardins, avec raison d'ailleurs.
Le hasard faisant drôlement les choses, Le Marquand est le neveu de Jean-Guy Gorley, qui est aussi son agent.
« L'entente était claire depuis le début, Simon devait faire l'équipe (au mérite). Au camp d'entraînement, j'ai vu que le calibre était très élevé, c'était un autre niveau. Je n'ai pas dit qu'il ne faisait pas le club, mais Marcel a été très diplomate, on le savait depuis le début. Mon rôle ne change pas, même si j'ai eu un gros pincement au coeur mercredi dernier quand ils ont présenté les joueurs et qu'ils sont passés du 85 au 87 (Le Marquand portait le 86 au camp). J'aurais bien aimé que Simon soit là, mais moi, mon rôle continue. Marcel a pris une décision pour le bien de l'équipe et ça ne change rien à ma relation avec l'organisation », affirme Gorley.
Le Rouge et Noir a quand même encore quelques francophones sur son alignement, Patrick Lavoie, Antoine Pruneau et Scott MacDonell, en plus de Hugo Desmarais sur l'alignement de pratique. C'est un bon départ.