Le réalisateur Jean-Sébastien Lord explore l'ombre et la lumière de l'édifice sur lequel veille un gardien de nuit incarné par Guy Nadon.

Le retour à la vie du veilleur de nuit

Le scénariste et réalisateur de L'ange gardien, Jean-Sébastien Lord (Le Petit Ciel, en 2000), a puisé dans ses souvenirs vécus la matière première de son drame psychologique dans lequel un veilleur de nuit (Guy Nadon) prend sous son aile une jeune femme cabossée par la vie.
Lorsqu'il était étudiant, le jeune Lord avait accompagné un gardien de l'université pendant son quart de travail nocturne, expérience dont il avait déjà tiré un court-métrage. Cet homme «vivait complètement à l'envers de moi, mais dans le même décor. Ce lieu qui était foisonnant et passionnant le jour, devenait soudain un autre monde, totalement vide, glauque et déprimant. Et l'homme s'est lentement dévoilé au cours de la nuit. Tout comme on va découvrir de façon très progressive le personnage de L'ange gardien.
Sur ce canevas, le réalisateur a ensuite imaginé quelqu'un frappant à la porte, et greffé tout son récit autour de l'apparition de cette jeune fille.
Dans ce drame psychologique «l'édifice représente Normand, [le gardien], et on voyage à l'intérieur de lui, de ses émotions» en même temps que le veilleur déambule de corridor en pièce fermée. Dans la pièce où il recueille Nathalie (Marilyn Castonguay, déjà tête d'affiche de Miraculum), on rentre dans leur cocon, avec des couleurs chaudes, c'est très différent des corridors, où on a utilisé des couleurs plus froides, à cause des choses plus dramatiques qui s'y passent.» Cette approche formelle, explique-t-il, lui permettait «d'explorer toutes les zones d'ombres et de lumière» du personnage.
Mais «l'exploration esthétique et par les possibilités techniques qu'offre le numérique n'envahissent pas. Tout est au service de la performance des comédiens et de l'histoire qu'on raconte. La colonne vertébrale, c'est le retour à la vie de quelqu'un qui a lâché prise - Normand, un personnage plein de peine et de tristesse.»
Guy Nadon s'est rapidement imposé pendant l'écriture du scénario, auquel M. Lord a consacré quatre ans afin de peaufiner les ambiances, le rythme et l'intensité des émotions suscitées. Le comédien a été immédiatement emballé.
Malgré un «tournage très exigeant, physiquement, parce qu'on a beaucoup filmé de nuit, et en plein hiver», ce qui n'était pas prévu, «Guy Nadon m'a fait plein de propositions. Ç'a été une belle complicité, une vraie conversation artistique, et ça paraît à l'écran», note-t-il. «Le froid a rendu les choses beaucoup plus difficiles, mais au final, ça renforce le propos: l'hostilité du 'monde extérieur' rend l'histoire encore plus cohérente», indique Jean-Sébastien Lord.
Flirtant avec le thriller, son film réserve d'importants rebondissements. «Ces révélations ne sont pas là juste pour le plaisir: elles sont au service des personnages, en leur permettant de se révéler davantage; et le récit garde un bon rythme même pour ceux qui auraient réussi à décoder» certaines clefs, précise le réalisateur, qui est aussi le fils de l'illustre cinéaste Jean-Claude Lord.
L'ange gardien prend l'affiche le 7 mars.