Le p'tit bonhomme pendu tel qu'il s'observait, dimanche soir, de la rue Clarence.

Le p'tit bonhomme pendu

Les pupitreurs du Droit ont eu toute une surprise, dimanche soir... Pourquoi un policier d'Ottawa frappait-il à la porte de la salle de rédaction?
Pour obtenir du matériel confidentiel qu'un de nos journalistes a sous la main? Pour nous demander d'évacuer l'édifice à la suite d'une menace à la bombe dans nos bureaux, ou dans un édifice voisin, soit l'ambassade des États-Unis?
Curieux.
D'habitude, ce sont les journalistes qui «cognent à la porte» des policiers pour obtenir des renseignements sur une histoire habituellement liée à un crime commis ou à un accident récemment survenu. Pas le contraire. Les policiers n'ont pas d'affaire chez nous.
Alors que nous voulait-il, celui-là?
* * *
Mais avant d'aller plus loin, je vous explique brièvement ce qu'est un pupitreur.
Un pupitreur dans un journal, c'est un professionnel de l'information dont la tâche consiste à préparer les textes pour publication. Il doit aussi coiffer l'article d'un titre. C'est le pupitreur qui effectue la mise en page, maintenant faite à l'ordinateur, et qui comprend aussi l'édition des photographies.
En bref, ce sont les gens qui, en soirée, «montent» le journal.
Revenons à notre policier...
* * *
Donc le flic d'Ottawa cogne à la porte de la salle de rédaction. On lui répond.
Et à la surprise générale, on apprend qu'il vient s'assurer que personne ne se soit enlevé la vie dans nos bureaux!
Hein!? Le travail des pupitreurs peut s'avérer plutôt stressant par moments, avec l'heure de tombée et tout ça, mais quand même!
Ce policier était-il zélé ou complètement cinglé? Ni un ni l'autre. En fait, il faisait simplement son travail. Et à sa place, j'aurais fait exactement la même chose.
C'est qu'en mars dernier, dans le cadre du 100e anniversaire du quotidien LeDroit, la direction a fait fabriquer une silhouette autoportante d'un camelot des jeunes années du journal pour illustrer LeDroit d'hier à demain. Un camelot grandeur nature en carton, même plus grand que nature.
(Voir la photo de gauche ci-dessous).
Cette silhouette, ces silhouettes en fait - parce qu'il y en avait deux - ont été affichées sur les murs extérieurs de nos bureaux dans le marché By durant les festivités entourant notre 100e. Mais que faire de ces géants camelots de carton une fois les célébrations du centenaire terminées?
Notre collègue Raymond Bégin, le directeur principal à la production, s'en est occupé.
Le premier camelot a été entreposé. (Peut-être le ressortira-t-on pour le 200e du Droit?). Et l'autre camelot de carton décore depuis mars dernier le bureau de Raymond.
«Je trouve ça le fun, d'expliquer ce dernier. C'était dans mon bureau ou dans nos entrepôts. J'ai choisi mon bureau.»
(Comme quoi la décoration intérieure n'est pas donnée à tous...).
Raymond a donc installé son camelot géant devant sa fenêtre de bureau qui donne sur la rue Clarence.
Mais la structure de carton a été surélevée afin de pouvoir la coller au mur au-dessus de la fenêtre. Et vue de l'extérieur, c'est-à-dire de la rue Clarence, on ne peut voir que les hanches et les jambes de ce camelot de carton.
Donc le soir venu, si vous levez les yeux vers la fenêtre du bureau de Raymond, au deuxième étage au-dessus du restaurant japonais Wasabi, vous voyez ce qui apparaît sur la photo de droite ci-dessous.
Et ce qui devait arriver arriva, une passante a cru qu'une personne s'était pendue dans son bureau! Et elle a vite appelé le 9-1-1!
Je n'étais pas au Droit dimanche soir, mais on me dit que le policier dépêché sur les lieux en a bien ri. Mais il a vite demandé aux pupitreurs de retirer immédiatement ce camelot de la fenêtre afin d'éviter toute confusion future. Ce qui fut fait.
Et depuis, «notre» camelot géant de carton se retrouve debout dans un coin du bureau de Raymond.
Mais il est bien sage, notre «p'tit bonhomme pendu»...