On vient de voir que le budget Marceau contrôle à tout le moins les revenus qu'ils entendent soutirer des contribuables. Ce qui est moins évident, c'est la capacité du gouvernement de contrôler ses dépenses de programmes.

Le PQ et la dette du Québec

Avis à tous: ne lisez pas ce texte si vous n'avez aucun intérêt pour les questions de finances publiques. C'est un sujet aride, mais combien important...
La dette du Québec sera inférieure à 50% du produit intérieur brut en 2018-2019, a promis hier Pauline Marois. Le gouvernement, a-t-elle ajouté, déposera le même budget que celui présenté le 20 février.
Enfin, on parle des finances publiques! La décision de revenir avec le même budget que celui de février, nous permet de voir comment le PQ tiendra sa promesse sur la dette, et quels sacrifices il nous demandera.
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En vertu de la loi sur les élections à date fixe, les prochaines élections générales se tiendront le premier octobre 2018. L'année budgétaire 2018-19 serait donc le dernier budget du gouvernement Marois avant les élections.
La promesse de réduction de la dette faite hier par Mme Marois vient tout droit des prévisions budgétaires du budget Marceau. On y voit qu'à la fin de l'exercice 2018-19, la dette brute du Québec représentera 48,8% du PIB. Mais le calcul pour y parvenir a forcé le ministère des Finances à couper radicalement dans les immobilisations, c'est-à-dire les montants investis dans les constructions et les réparations de routes et d'édifices publics comme les écoles et les hôpitaux. Pour les quatre années budgétaires comprises entre 2014 et 2018, le budget annonce des investissements de plus de 16 milliards$ en immobilisations, soit une moyenne de plus de 4 milliards$ par année. Or ce chiffre tombe soudainement à 1,7 milliard$ en 2018-2019. Ce montant n'est pas une prévision des experts du ministère des Finances, c'est une commande politique. Est-ce réaliste? Peut-on croire que le gouvernement coupera de plus de 50% ses dépenses d'immobilisation en année électorale? À vous de répondre.
L'autre élément important dans l'engagement de diminuer la dette sous la barre de 50% du PIB, vient des versements au Fonds des générations. À partir de 2016, le gouvernement entend verser plus de 2 milliards$ par année dans ce fonds. En 2018-19, le montant atteint 3,3 milliards$. D'où viendra cet argent supplémentaire? De vous et moi:
- L'indexation du prix de l'électricité patrimoniale, prévue dans le budget Marceau, nous coûtera 475 millions$ en 2018-19! Cette indexation s'ajoute à la hausse de 4,3% des tarifs d'électricité consentie récemment à Hydro-Québec par la Régie de l'énergie. C'est énorme.
- Le budget prévoit également une taxe sur les boissons alcooliques qui nous coûtera 525 millions$ en 2018-19. Il faudra boire moins, ou plus de piquette...
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Au cours de sa conférence de presse d'hier, la première ministre Marois a réitéré que le gouvernement contrôle ses dépenses, mais ne contrôle pas ses revenus. On vient de voir que le budget Marceau contrôle à tout le moins les revenus qu'ils entendent soutirer des contribuables. Ce qui est moins évident, c'est la capacité du gouvernement de contrôler ses dépenses de programmes.
En principe, ces dépenses ne devraient pas augmenter de plus de 2% cette année et les deux années suivantes. Mais c'est là que les doutes sont les plus sérieux.
Les rapports mensuels du ministère des Finances montrent que la croissance des dépenses consolidées se situait à 5,4% au 30 novembre, soit pour les huit premiers mois de l'année en cours. Le critique de la CAQ, Christian Dubé, qui suit ce dossier au jour le jour, ne croit pas qu'il sera possible de ramener ce pourcentage à 2% pour les 12 mois de l'année budgétaire. Malheureusement, on n'aura pas la réponse à temps pour les élections. Les électeurs devront donc faire un acte de foi.
L'autre grande question porte sur la masse salariale de l'État. François Legault promet qu'un gouvernement caquiste pourrait atteindre l'équilibre budgétaire et baisser les taxes dès cette année, en gelant l'embauche. À la lumière des embauches faites au cours de la dernière décennie, la CAQ soutient que le gouvernement embauchera 35000 employés de plus au cours des quatre prochaines années. Un gel des embauches épargnerait 5,5 milliards$ en 4 ans, selon les caquistes. Le gouvernement a tourné ces chiffres en ridicule et affirme avoir déjà limité les embauches. La CAQ veut faire la preuve du contraire, en comparant le nombre total des employés de l'État au 31 mars 2012, par rapport à la même date en 2013. Le conseil du Trésor n'a pas ces données. La suite de ce débat dans une autre chronique...