Le potentiel caché de Masson-Angers

Le nouveau conseiller municipal de Masson-Angers, Marc Carrière, a trouvé pas mal raide ma chronique de l'autre jour sur ce projet de train touristique entre son patelin et Montebello.
J'émettais de sérieux doutes sur la viabilité du projet à l'étude au CLD Papineau. Désolé, mais je vois mal les touristes se précipiter jusqu'à Masson-Angers pour prendre le train. La gare de l'endroit tombe en ruines et l'ex-ville ne compte pas vraiment d'infrastructures touristiques.
C'est vrai qu'à l'autre bout, Montebello compte des attraits de renommée internationale. Mais bon, qu'est-ce qu'on va offrir aux touristes pour les convaincre de s'y rendre en train? Sur le trajet, il y a bien les chutes de Plaisance, mais elles sont à bonne distance du chemin de fer. Comment y transporter les touristes? Au CLD, on parle d'installer des supports à vélo dans le train. C'est faisable.
Mais au-delà de tout cela, ce qui a piqué au vif M. Carrière, c'est plutôt mon commentaire sur le panorama. J'écrivais que le paysage entre Masson-Angers et Montebello me semblait moins bucolique que celui de l'ancien trajet du train touristique entre Hull et Wakefield.
Mettons qu'il l'a pris un peu personnel.
Au téléphone, il a dû me répéter au moins 10 fois que l'ancien parcours longeait un dépotoir à ferraille. «Une cour à scrap! C'est-y pas beau comme paysage, ça?» m'a-t-il taquiné. Bref, tout ça pour dire que le conseiller m'a invité à une visite guidée de Masson-Angers.
«Amène tes raquettes!» a-t-il lancé au bout du fil.
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C'est comme ça qu'on s'est retrouvé raquettes aux pieds, hier matin, à l'ancienne gare de Masson-Angers. On a marché sur la voie ferrée jusqu'au pont de chemin de fer qui traverse la rivière du Lièvre, tout près de Papier Masson. Une neige légère recouvrait les wagons endormis le long des rails.
C'est vrai que l'endroit a du charme.
M. Carrière a sorti un dépliant de sa campagne électorale et a pointé une photo de lui dans un cadre enchanteur. «C'est ici que la photo a été prise», a-t-il dit en désignant un endroit sous le pont de métal. L'été, l'eau y dévale en jolies cascades.
Bon, O.K., c'est bucolique.
Et après? Est-ce que les touristes vont se déplacer jusqu'à Masson-Angers pour admirer une cascade qui dévale sous un pont de chemin de fer?
Marc Carrière convient que tout est à faire en matière touristique à Masson-Angers. Mais il est convaincu que le potentiel est là.
Il a d'ailleurs fait sa campagne électorale là-dessus l'automne dernier, alors que le projet de train vers Montebello n'était pas encore dans l'air.
Le conseiller cite l'histoire industrielle de la région, les trois rivières qui traversent son district, les paysages sauvages de la baie McLaurin, les produits du terroir de la ferme McNamara...
Tout cela gagnerait à être mis en valeur.
Marc Carrière convient que l'ancienne gare ne paie pas de mine. Il en bâtirait une nouvelle sur un terrain qui appartient à la ville, à l'ouest de la rue Georges.
Et les touristes? Ils passent déjà par Masson-Angers, dit M. Carrière. Les caravaniers surtout, qui évitent l'autoroute 50, trop vorace sur la consommation d'essence.
L'ennui, c'est qu'ils ne font souvent que traverser le village sans s'arrêter.
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Après ma chronique, on m'a reproché de dénigrer les efforts pour relancer le petit train à vapeur, qui est sur la touche depuis 2011.
Je n'ai fait que poser une série de questions qui me semblent pertinentes. En sachant très bien que le plan d'affaires commandé par le CLD Papineau pourrait bien me donner tort à la fin février.
«J'espère de tout coeur qu'il te donnera tort!» m'a taquiné M. Carrière.
Tant mieux si une relance du train à vapeur sur la ligne Masson-Angers et Montebello s'avère un plan B valable.
Car sur le fond de l'affaire, Marc Carrière et moi sommes d'accord. Le parachèvement de l'autoroute 50, vendue comme un moteur de développement économique, cause du tort aux villages situés le long de la route 148. À Masson-Angers, le déclin est amorcé depuis quelques années. La caisse populaire de Masson vient de fermer ses portes et le secteur ne compte plus d'épicerie.
Pour renverser la vapeur, il faut un projet mobilisateur, reprend M. Carrière. «Le train en est un. C'est l'étincelle qui va convaincre les gens d'investir ici au niveau du tourisme. C'est le signal. Ça prend juste un projet et je pense que le projet du CLD est bon, j'y adhère.»