Le porte-malheur des Sénateurs

Ma décision est réfléchie et mûrie, et elle est très très sérieuse.
Je renonce à mon titre d'Ambassadeur officiel des Sénateurs d'Ottawa, un titre - vous le savez - très très sérieux.
C'est officiel, à compter de ce matin, je ne suis plus Monsieur l'Ambassadeur.
Non, rien à voir avec les déboires récents de mes «Sens» et de leur saison misérable qui s'éternise. Je ne suis pas du genre à abandonner mon équipe quand la tempête se lève. Comme dans un mariage, je suis là pour le meilleur et pour le pire. Je serai toujours partisan des Sénateurs. Mais pour le titre d'Ambassadeur officiel, c'est fini.
Pourquoi?
Parce que j'ai réalisé que je suis le porte-malheur des Sénateurs. Et je ne pourrais être, en toute conscience, à la fois Ambassadeur et porte-malheur. C'est un peu comme si le Gouverneur général du Canada était un Québécois souverainiste. Ce serait impensable.
Comment en suis-je venu à la conclusion que je suis le porte-malheur des Sénateurs? Je vous raconte.
J'ai mis les pieds dans le vestiaire des Sénateurs à quatre reprises dans ma carrière.
La première fois, c'était il y a une dizaine d'années, je m'y rendais pour réaliser une entrevue avec l'ancien gardien d'Ottawa, Patrick Lalime.
Nous étions à quelques jours du début des séries éliminatoires. Les Sénateurs étaient, à l'époque, une équipe élite qui n'aurait surpris personne si elle avait gagné la coupe Stanley.
Mais Patrick Lalime s'est effondré en séries contre les détestables Maple Leafs de Toronto, et la saison des Sens a connu une fin aussi abrupte que crève-coeur.
Je n'avais rien à y voir, me disais-je. Que je me sois entretenu avec Lalime juste avant les séries n'avait rien changé au résultat... croyais-je.
Quelques années plus tard, à l'automne 2008 plus précisément, j'ai rencontré le capitaine Daniel Alfredsson dans la chambre des joueurs.
Les Sens avaient le vent dans les voiles en cet automne 2008. La saison précédente, ils avaient atteint la finale pour la coupe Stanley, et tous les experts leur prédisaient enfin une coupe pour la saison 2008-2009.
Et rien ne laissait croire que les Sénateurs n'allaient pas y parvenir puisque leur début de saison, était phénoménal.
Mais le lendemain de cette entrevue avec Alfie, les Sénateurs ont perdu. Puis ils ont perdu le match suivant. Et un autre après ça. Et un autre encore.
L'entraîneur recru, Craig Hartsburg, a été congédié après les Fêtes. Brian Murray l'a remplacé par Cory Clouston qui a réussi, tant bien que mal, à mener son équipe en séries. Mais les Sénateurs se sont faits royalement plantés par Pittsburgh dès la première ronde. Une année supposément de rêve devenue cauchemardesque.
Mais tout allait si bien avant mon entrevue avec Alfredsson. Était-ce ma faute si la saison des Sens avait dérapé? Le doute était semé dans ma tête...
Mars 2009. Les Sénateurs échangent le centre Antoine Vermette aux Blue Jackets de Colombus en retour du gardien Pascal Leclaire et d'un deuxième choix au repêchage (Robin Lehner).
J'obtiens une entrevue avec le gardien Leclaire et je le rencontre dans le vestiaire en fin d'avant-midi. Mais ce soir-là, l'entraîneur-chef décide de faire jouer son gardien numéro deux, alors que Leclaire réchauffera le banc.
Tout de même pas de ma faute. Tous les gardiens ont besoin d'une pause de temps en temps. Mais comble de malchance, une rondelle dévie durant le match et atteint Leclaire au visage alors que celui-ci prend place au bout du banc des joueurs!
Mâchoire fracassée, apprend-on. Et Leclaire n'a plus jamais joué un autre match avec les Sénateurs!
C'était officiel, j'étais le porte-malheur de cette équipe. C'était devenu évident. Plus jamais l'Ambassadeur officiel allait remettre les pieds dans le vestiaire de ses «Sens».
J'ai cependant changé d'idée le mois dernier quand j'ai pu réaliser une entrevue avec Marc Méthot au Centre Canadian Tire durant la pause des Jeux olympiques.
À leur premier match après cette pause et cette entrevue avec Méthot, les Sénateurs se sont écrasés contre Alfie et les Red Wings de Détroit 6 à 1. Et ils n'ont gagné que deux de leurs dix matches depuis, dont les six derniers!
Donc récapitulons:
Entrevue avec Lalime: battus par Toronto en séries.
Entrevue avec Alfie: les Sénateurs favoris pour remporter la coupe s'écrasent en novembre.
Entrevue avec Leclaire: celui-ci est blessé grièvement alors qu'il ne joue même pas!
Entrevue avec Méthot: rien à rajouter...
C'est donc officiel, je suis le porte-malheur des Sénateurs. Et je dois ainsi tristement renoncer à mon titre très très sérieux d'Ambassadeur officiel.
C'est avec le coeur en mille miettes que j'écrirai ma lettre de démission à Eugene Melnyk...