Jean-François Primeau

Le mot tabou

Chut! À moins que les journalistes vous posent des questions là-dessus, évitez de prononcer les mots souveraineté ou référendum...
On a clairement l'impression que c'est la consigne qu'avaient reçue les candidats du Parti québécois en Outaouais, hier matin, juste avant de livrer leur point de presse commun.
Un point de presse où ils ont abondamment parlé de santé, d'enseignement supérieur, d'économie, de services de garde... Et un peu, mais si peu, de cette Charte des valeurs qui devait être l'enjeu numéro un de la campagne électorale.
En tout cas, pas un mot sur la question nationale.
À deux semaines du vote, les candidats locaux du PQ cherchent de toute évidence à dévier l'attention sur autre chose qu'un éventuel référendum, une question qui a monopolisé beaucoup d'attention depuis l'entrée en scène de Pierre-Karl Péladeau. Dans une région fédéraliste comme l'Outaouais, plus on parle de souveraineté, plus ça avantage les libéraux.
L'ennui, c'est que le sujet est difficile à éviter.
Juste avant le point de presse du PQ, Benoît Renaud, le candidat dans Hull de Québec Solidaire, a lui aussi convoqué la presse. Il y est allé d'une profession de foi souverainiste, allant jusqu'à promettre un référendum dans le premier mandat d'un gouvernement solidaire.
Il n'en fallait pas plus pour qu'au point de presse du PQ, peu après, les premières questions des journalistes portent sur la tenue d'un référendum. Et là, on a senti comme une grosse pointe d'agacement chez les militants rassemblés dans un petit local électoral du boulevard Riel. Certains ont même commencé à chahuter quand les questions se sont faits plus pressantes.
Qu'est-ce que ça nous dit, tout ça?
Qu'à deux semaines du vote, le PQ sent peut-être le contrôle de la campagne lui échapper. Et qu'il lui faut, à tout prix, se défaire de cette étiquette référendaire qui lui colle à la peau depuis plusieurs semaines.
Des membres du PQ reprochaient hier aux journalistes de jouer le jeu des libéraux en ramenant sans cesse à l'avant-plan la question de la souveraineté. Au lieu de blâmer les journalistes, le PQ devrait reconnaître qu'il est l'artisan de son propre malheur.
En choisissant de faire campagne avec une réponse ambiguë sur le référendum, il s'expose à ce que les autres enjeux soient relégués au second plan.
Tiens, hier, Yves Morin, le candidat du PQ dans Chapleau, a déclaré qu'«il n'y aura pas de référendum dans le prochain mandat à moins que les Québécois le demandent». Alors on a voulu savoir comment les Québécois allaient «demander» un référendum. Par sondage? Dans le cadre de la consultation du livre blanc? Par une manif de casseroles?
On ne l'a pas vraiment su.
Et comme il est dans la nature d'un journaliste de poser des questions tant qu'il estime ne pas avoir obtenu une réponse satisfaisante, le PQ va continuer de nous trouver agaçants.
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Maintenant, la question qui tue: est-ce que les chefs des principaux partis visiteront l'Outaouais d'ici au scrutin du 7 avril?
La question est sur toutes les lèvres depuis que Pauline Marois a affirmé qu'elle ne visiterait pas toutes les régions dans le cadre de la campagne électorale. Le candidat du PQ dans Papineau, Jean-François Primeau, nous assure toutefois que Mme Marois visitera la région d'ici au 7 avril.
Hier, la rumeur voulait que ce soit plutôt le chef libéral Philippe Couillard qui éviterait l'Outaouais. Questionné à ce sujet, il n'a pas été très clair dans sa réponse. Rappelons que M. Couillard reprochait - du bout des lèvres il est vrai - à sa rivale péquiste d'avoir boudé l'Outaouais pendant près de 18 mois...
À suivre.