Stephen Harper

Le Monde s'intéresse aux coupures d'Ottawa

Les compressions budgétaires du gouvernement Harper touchant les bibliothèques scientifiques ont eu des échos jusque dans le réputé journal français Le Monde, qui y consacre un article de fond dans lequel plusieurs chercheurs dénoncent la perte de nombreux documents jugés inestimables.
L'article cite les témoignages de nombreux scientifiques qui disent avoir assisté, au cours des derniers mois, au démantèlement de plusieurs bibliothèques scientifiques pour des raisons budgétaires.
Les scientifiques y accusent le gouvernement Harper d'avoir ainsi dispersé des documents rares, certains irremplaçables pour la recherche en sciences de l'environnement.
«Cet épisode est le dernier en date d'un feuilleton qui dure depuis plus de cinq ans et qui voit s'opposer les scientifiques au gouvernement conservateur de Stephen Harper», souligne l'article publié dans Le Monde.
La fermeture de sept des onze bibliothèques scientifiques de Pêches et Océans Canada a été décidée en avril 2013, rappellent les auteurs de l'article. L'objectif officiel de l'administration Harper est d'en répartir les fonds sur deux centres de recherche, une opération achevée en décembre qui suscite de nombreuses critiques, poursuivent-ils.
Un des chercheurs cités raconte avoir assisté au démantèlement de la bibliothèque du Freshwater Institute, à Winnipeg, reconnue dans le monde entier, qui comprenait des textes scientifiques uniques, des rapports d'évaluation de la qualité des eaux ou de l'abondance des espèces endémiques. Certains documents remontaient au XIXesiècle.
«Le gouvernement assure que seuls les documents présents en double ont été distribués, mais de ce que j'ai pu voir, le processus s'est fait sans contrôle, poursuit un scientifique qui a requis l'anonymat, le gouvernement imposant depuis 2008 aux chercheurs fédéraux de faire (approuver) leurs déclarations publiques par leur ministère de tutelle. Voir ce qui se passait dans cette superbe bibliothèque m'a rendu malade.»
L'article du Monde rappelle aussi qu'au cours de l'été dernier, des employés de l'Institut Maurice-Lamontagne situé à Mont-Joli - dont la bibliothèque a également été fermée - ont témoigné à Radio-Canada avoir découvert des conteneurs de décharge remplis de milliers de documents, mis au rebut sans que le personnel de l'Institut en ait été informé.
«Libricide»
«L'affaire prend une dimension nouvelle au Canada avec la publication par la presse de nouveaux témoignages jetant le doute sur l'intégrité des opérations», soutient l'article du quotidien français, ajoutant que dans la presse canadienne, plusieurs chercheurs parlent de «libricide».
Le biologiste Daniel Pauly, professeur à l'université de Colombie-Britannique, une autorité scientifique mondiale en gestion des ressources marines, y indique en guise de conclusion que pour éviter que des découvertes gênantes ne soient faites sur l'exploitation des hydrocarbures, «on ferme les laboratoires d'écotoxicologie».
«Cela fonctionne désormais comme cela au Canada et c'est extrêmement grave. Nous dérivons vers une pétrodictature», souligne le biologiste Pauly au Monde.
Dans un communiqué publié au début janvier, le ministère des Pêches et Océans a expliqué que le petit nombre de chercheurs étrangers consultant les fonds justifie ces mesures et que seuls les documents présents en double n'ont pas été conservés et que le reste sera numérisé.
Le Monde ajoute aussi qu'«un document confidentiel du ministère des Pêches, obtenu par Postmedia et publié fin décembre, indique que 'la destruction de matériel' était prévue de longue date, non seulement sur les fonds des sept bibliothèques fermées, mais sur ceux des deux grandes bibliothèques censées les accueillir...»
Pgaboury@ledroit.com