Le match Lisée-St-Pierre

La mise en place du gouvernement libéral de Philippe Couillard, qui devait se faire sous le signe du respect, est en train de prendre une autre direction. Après Gaétan Barrette, qui a fait une sortie de route la semaine dernière en s'en prenant à Claude Castonguay, voilà que la ministre Christine St-Pierre est à couteaux tirés avec Jean-François Lisée, son prédécesseur aux Relations internationales. Elle le soupçonne d'avoir abusé de ses voyages à l'étranger pour aller visiter sa famille à Paris. Lisée, qui a la plume facile, l'accuse de diffamation. Il fera savoir aujourd'hui s'il intente une poursuite.
Christine St-Pierre affirme qu'elle n'a fait que répondre à une question dans le cadre d'une entrevue télévisée. Les péquistes la soupçonnent d'avoir «planté» elle-même la question, ce qui n'est pas invraisemblable.
Lisée, de son côté, accuse le gouvernement d'avoir lancé l'histoire pour faire diversion et éloigner les caméras de l'affaire Bolduc. Ce n'est pas invraisemblable non plus...
Mais Lisée a bien plus que sa réputation à sauver dans cette affaire. C'est sa candidature à la succession de Pauline Marois qui est en cause. Il ne peut laisser traîner de telles allégations. S'il intente une poursuite, l'affaire est close: Mme St-Pierre devra cesser d'en parler, et les médias se tiendront tranquilles. Quant aux procédures devant les tribunaux, ça n'ira nulle part: la course à la direction du PQ sera terminée depuis belle lurette avant qu'un juge puisse entendre cette cause. Une cause qui ne sera jamais entendue de toute façon, puisqu'elle fera l'objet d'un règlement hors cours. La poursuite intentée par André Boisclair contre Jacques Duchesneau, l'automne dernier, illustre bien les délais prévisibles dans ce genre de dossier.
Il ne serait pas surprenant, par ailleurs que cet appel aux tribunaux, si appel il y a, soit destiné à se régler à l'amiable. Parce qu'une poursuite en diffamation, ça forcerait Jean-François Lisée à entrer dans les petits détails de ses visites officielles et officieuses à Paris. Et comme il y a toujours des zones grises parfois difficiles à expliquer entre le boulot ministériel et la vie privée, l'ancien ministre n'a pas intérêt à se prêter aux interrogatoires aux préalables des avocats de la ministre.
M. Lisée a tout intérêt, par ailleurs, à protéger sa candidature à la direction du PQ. Parce qu'on l'a vu en fin de semaine, Pierre Karl Péladeau sera au rendez-vous. Ceux qui avaient des doutes ont changé d'idée en le voyant aux funérailles de Jean Garon, à Lévis. Un Jean Garon qu'il n'a peut-être pas vraiment connu, mais qui incarnait l'idéal souverainiste... La présence de PKP à ces funérailles était un beau clin d'oeil aux militants. Lisée et Drainville étaient absents, eux...
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Pas rapport!
À la lumière de l'affaire Bolduc, le premier ministre Philippe Couillard estime qu'il faut baliser le double emploi des députés en revoyant notamment leurs conditions de travail, dont leur salaire. Le fait est que «ça n'a pas rapport», comme diraient les ados. Yves Bolduc n'a pas invoqué un manque d'argent pour justifier l'encaissement de 215000$ en guise d'incitatif pour accepter de nouveaux patients. C'est son «grand coeur» et son désir de combler le manque de médecins de famille. Il faut le prendre au mot! Quant au salaire des députés, il a fait l'objet de recommandations très sérieuses de la part d'un comité indépendant l'automne dernier. Mais les partis politiques se sont empressés d'enterrer ce rapport. Il serait surprenant que les mêmes politiciens ouvrent à nouveau ce dossier à l'automne, alors que les Québécois subiront des coupes budgétaires pénibles et controversées.