Le manipulateur

Dans une soi-disant « conférence de presse » et, par la suite, dans une entrevue à la CBC, Rob Ford, le maire déchu de Toronto, a démontré, preuves à l'appui, qu'il est indigne de la fonction. S'il est réélu, les Torontois devront lui montrer la porte.
De retour d'une « thérapie de réhabilitation intensive » de deux mois, selon ses propres termes, le personnage qui s'est présenté hier est le même manipulateur pathologique qui a déjà affirmé par le passé que son seul véritable problème en était un de poids.
On veut bien lui donner toutes les chances à l'individu de se refaire une santé et de « guérir » de ses problèmes d'abus d'alcool et de drogue. On le lui souhaite vivement. Hier il affirmait d'ailleurs que « mon problème d'alcool et de drogue avait un effet dévastateur sur ma famille, ma santé et mon poste de maire. » Nous n'en doutons pas.
Par contre, deux aspects de sa sortie de mercredi laissent songeur.
Dans une déclaration diffusée d'une minute et 16 secondes, il a utilisé le « je » et le « moi » à 13 reprises. Il n'est certainement pas le premier politicien à faire preuve de narcissisme et à tout ramener à sa propre personne. Il n'en demeure pas moins que cette courte déclaration donne la mesure du personnage public, dont les pathologies personnelles et documentées occupent tout le devant de la scène et dont les demandes de pardon relèvent du théâtre plutôt que de la guérison. « Je suis honteux, embarrassé et humilié. »
Et comment !
Plus tard, dans une longue entrevue à la CBC, il a répété comme un mantra qu'il avait une « maladie ».
Cette expression est revenue à plusieurs reprises dans l'entrevue
 Expliquant ses déclarations incendiaires sur les gais et les noirs, il a déclaré : « Je crois que cela vient avec cette maladie. C'est une condition chronique et médicale que je n'ai jamais comprise. On pose des gestes, on dit des choses qui ne sont pas nous-même. »
Il en rajoute, affirmant avoir été aux prises avec « cette maladie » depuis une quinzaine d'années au moment de devenir conseiller et ensuite, maire.
Cette dernière déclaration soulève deux grandes questions à savoir si ses problèmes de consommation d'alcool et de drogues (« Nommez-les, j'en ai consommé ! ») sont une maladie et si cette maladie l'empêche de remplir sa fonction d'élu et de maire de la plus grande ville au pays. 
D'une part, les spécialistes sont partagés sur l'argument à l'effet que la consommation d'alcool diminue les inhibitions et vous fait dire le fond de votre pensée ou, au contraire, vous fait dire n'importe quoi. Rob Ford se dit victime de cette dernière théorie.
D'autre part, nous n'embarquons dans le débat sur les causes exactes, les troubles médicaux ou les facteurs héréditaires ainsi que les prédispositions sociales à l'alcoolisme ou d'autres dépendances.
À écouter Rob Ford faire étalage de sa culpabilité morbide, on en vient à la conclusion qu'il est tout autant un manipulateur pathologique qu'un menteur qui se ment à lui-même.
La question fondamentale que doivent se poser les Torontois, à la lumière des déclarations et des aveux de Rob Ford, est de savoir s'il est digne de leur confiance, si sa « maladie » n'est pas une condition qui inhibe bien davantage sa capacité d'élu et d'administrateur et si son cirque doit continuer. 
La réponse à ces trois questions est un non catégorique. Qu'importe ce qu'en disent les sondages sur sa popularité et la propension populaire à tout lui pardonner, Rob Ford est un passif pour Toronto et les Torontois.
L'état de santé physique et mentale d'un candidat à un poste électif d'importance n'est pas un facteur anodin. S'il faut toujours se demander ce qui est du domaine privé et du domaine public, il ne faut surtout pas minimiser l'importance de ces facteurs dans le choix des électeurs.
Dans le cas de Rob Ford, cela ne fait aucun doute.