La famille Kuba

Le long chemin des Kuba

Ils sont neuf dans un petit logement d'à peine 800 pieds carrés. Papa, maman et sept enfants âgés de 16 à un an. Ils ont à peine 1 000 $ par mois pour se vêtir et se nourrir. Et ils n'ont jamais été si bien...
La famille Kuba est arrivée à Gatineau en août 2012, il y a un peu plus d'un an. Avant d'arriver au Québec, ils venaient de passer presque 10 ans sans toit, sans revenu, sans rien sauf une faible lueur d'espoir d'une meilleure vie ailleurs dans le monde.
Nathanael Kuba, sa femme Masoka et leurs quatre enfants ont fui la guerre dans leur Congo natal en 2003. Au cours des neuf années qui ont suivi, ils ont vécu sur les routes du Rwanda, puis ensuite de l'Ouganda. De camp de réfugié en camp de réfugié, d'église en église, d'âme charitable en âme charitable prêts à les aider le temps d'une gorgée d'eau et d'un morceau de pain, c'était leur vie.
« On couchait aux abords des routes, parfois dans les églises, se souvient Nathanael. Nous étions toujours dehors, dans les chemins, la main tendue. Nous marchions. » Durant ces neuf années d'exode, Mme Kuba a donné naissance à deux autres enfants. Et que ces deux poupons aient survécu à ces années d'enfer en Afrique défie toute logique.
L'exode des Kuba a pris fin en août 2012 quand le Canada leur a ouvert ses portes.
Ils ont choisi Gatineau pour débuter leur nouvelle vie, Mme Kuba a donné naissance à son septième enfant peu après leur arrivée, et la famille s'est vite adaptée à cette nouvelle vie dans son pays d'accueil où tous les rêves sont permis.
Mais la vie des Kuba allait sombrer dans un autre cauchemar, le 13 décembre dernier. Le peu qu'ils avaient, ils l'ont perdu dans un incendie qui a ravagé leur logement de la rue Lausanne. La famille de sept enfants se retrouvait encore une fois à la rue.
•••
Les Oeuvres Isidore Ostiguy ont répondu à leur détresse en leur offrant un logement temporaire d'une durée maximale de six mois. Les Kuba subsistent avec un revenu mensuel de 2000 $. Mais une fois le loyer (500 $) et l'électricité payés, ainsi qu'un versement de 350 $ par mois au gouvernement fédéral pour rembourser le coût des billets d'avion pour venir au Canada, ils doivent se contenter d'à peine 1 000 $ par mois pour leurs besoins de base.
Et où iront-ils dans six mois quand ils devront déménager ?
« Je ne sais pas, répond le père, Nathanael. On aimerait bien rester dans le quartier parce qu'on n'a pas de voiture et l'église, le Maxi et l'école sont près d'ici (la polyvalente Le Carrefour où le père et ses enfants d'âge scolaire suivent des cours de francisation jusqu'en juin, leur langue maternelle étant le souahéli). Mais on nous dit que la liste d'attente pour un logement subventionné est longue et qu'on pourrait attendre un an ou deux. Je ne sais pas où nous irons », ajoute M. Kuba en secouant la tête.
Et comment ont-ils pu se remettre sur pied après avoir tout perdu, sauf les vêtements qu'ils portaient le soir de l'incendie ? Grâce à la générosité des Gatinois, Denis Laberge en tête.
« Le 17 décembre dernier, Isabel Landry, une enseignante du Carrefour a frappé à notre porte pour demander à mon épouse, qui est aussi enseignante au Carrefour, si elle pouvait laver trois sacs de vêtements achetés pour les enfants d'une famille de réfugiés comptant sept enfants, se souvient M. Laberge. Isabel nous a raconté le triste sort de cette famille et je n'ai pas été capable de rester les bras croisés. Ce père de famille (M. Kuba) veut pour ses enfants ce que je veux pour mes enfants. Nous sommes des frères, je devais l'aider », ajoute-t-il.
Denis Laberge et son ami Gilles Fortin ont lancé un S.O.S. dans les réseaux sociaux et ils ont amassé plus de 1 300 $ en argent, en plus de vêtements et de jouets pour les enfants. « Cette somme nous a permis d'acheter des denrées d'urgence et un fond d'épicerie », dit M. Laberge.
Mais c'est lorsqu'il a visité la famille Kuba dans son minuscule logement que M. Laberge a constaté la triste réalité de ces réfugiés.
« Les deux plus jeunes, une fillette d'un an et son frère de deux ans, dormaient sur un matelas duquel M. Kuba avait éliminé plusieurs petits vers blancs, raconte M. Laberge. J'ai pleuré tout le long de mon retour à la maison. Une famille de neuf personnes, des matelas dégueulasses, une seule couverture par lit, pas de draps, un lit pour trois enfants... un véritable cauchemar. J'étais hors de moi. »
Mais il n'a suffi d'une lettre de M. Laberge à la famille Lapensée, des Matelas Lapensée, pour que celle-ci fabrique et donne gratuitement des matelas pour chaque enfant et les parents de la famille Kuba.
« La réussite en affaires ne semble pas assécher le coeur », lance M. Laberge en parlant du geste des Lapensée.
Et que pense Nathanael Kuba de toute cette générosité envers lui et les siens ?
« Ces gens font tout pour nous aider, répond-il. Après l'incendie, j'ai vu une autre image des Québécois. Des gens qu'on ne connaît pas nous aident et nous donnent des choses. C'est incroyable. Et ça me cause un problème. Je ne sais pas comment les remercier. Je me cherche un travail le soir et les fins de semaine car je vais à l'école tous les jours jusqu'à 16 h. Je veux contribuer à la société. Mais d'ici à ce que j'en aie les moyens, comment vais-je faire pour remercier ces gens ? Le Canada est un pays de dépenses. Et je n'ai parfois pas assez de sous à la fin du mois pour ma famille. Alors comment vais-je remercier tous ces gens ? Je ne sais pas. Mais Dieu m'aidera, j'ai la foi. »
Les Kuba ne sont pas au bout de leurs peines. Ils devront trouver un autre logement dans six mois qui coûtera probablement plus cher. M. Kuba doit trouver du boulot. Les enfants doivent poursuivre leurs études. Les défis sont innombrables.
« Mais nous serons là à leur côté, dit Denis Laberge. Car au-delà de la race, de la religion, de la culture et de la couleur de la peau, il y a l'être humain. »