Le juge Plouffe a travaillé pendant 23 ans à la Cour supérieure.

Le juge Jean-Pierre Plouffe accroche sa toge

Après 32 ans de carrière, le juge Jean-Pierre Plouffe, de la Cour supérieure, prend sa retraite, vide son bureau du palais de justice de Gatineau et se tourne du côté des espions canadiens. Entre-temps, le magistrat observe de nouvelles tendances dans le monde judiciaire, dont certaines touchant les médias.
«Il faut savoir quand quitter. Et je veux laisser la place aux jeunes», dit le juge, en entrevue avec LeDroit.
En 23 années sur le banc de la Cour supérieure, l'honorable juge Jean-Pierre Plouffe a entendu des causes déchirantes en matière de droit familial, des procès fort médiatisés de meurtres et d'autres audiences où l'argent était le nerf d'une guerre entre des entreprises.
«On voit des parents s'entre-déchirer au détriment de l'enfant. Ça fait partie des choses les plus dures du métier.»
En matière criminelle, le juge Plouffe se souvient tout particulièrement du procès de Monique Fournier, reconnue coupable en février 2004 du meurtre prémédité de son mari Michel Fournier. La Gatinoise avait été arrêtée presque 20 ans après avoir engagé un tueur à gages pour exécuter son mari, en septembre 1985. «C'était lugubre... Le sang-froid de cette femme... Comme si elle n'avait pas de sentiments.»
Parmi les autres causes marquantes se trouve le procès du meurtrier René Michaud, qui a froidement assassiné le couple de Robert et Bonnie Dagenais, dans un chalet de Val-des-Monts, en 2002. Son complice était un adolescent de 15 ans.
«Lorsqu'on entend des poursuites civiles entre deux entreprises, on se dit que ce n'est que de l'argent. Mais en matière criminelle, ce sont des pertes humaines. Il faut être capable de se détacher et ne pas rapporter le travail à la maison.»
Les causes d'aujourd'hui sont moins nombreuses, mais plus complexes qu'autrefois, observe le magistrat.
«Une cause qui prenait trois jours auparavant en exige cinq, aujourd'hui. Les choses sont plus complexes parce que davantage de gens se représentent seuls. Ils se présentent en cour mieux informés, mais le fait qu'ils ne soient pas représentés par un avocat peut alourdir les choses.»
Médias et justice
Le juge entrevoit des changements sur le rôle des médias dans les palais de justice. Selon lui, «c'est une question de temps» avant que certains procès soient télévisés comme aux États-Unis.
«Tout est dans l'équilibre, je crois. Il faut penser qu'il y a des victimes dans tout cela. Mais tout le monde - les médias et la magistrature - est en réflexion sur cela. Je ne dis pas que cela se fera dans les trois prochaines années, mais selon moi, c'est inévitable. Il faut cependant éviter de faire un show avec tout, et de tomber dans le sensationnalisme.»
M. Plouffe se tourne maintenant vers les fonctions de commissaire du Centre de la sécurité des télécommunications du Canada (CSTC). «C'est une sorte de chien de garde, dit-il, qui s'assure que le CSTC respecte les lois et ses responsabilités au chapitre de la vie privée des Canadiens.»
Le CSTC est chargé de recueillir des renseignements étrangers et de protéger l'information du gouvernement.
Le juge compte utiliser ses nouveaux temps libres pour parfaire son élan de golf, faire des marches et, dit-il avec un sourire en coin, passer plus de temps avec sa conjointe.