Jean Gagnon dirigera son dernier journal vendredi. Après 14 ans au Droit et une carrière de journalisme de 39 ans, le patron quitte.

Le journaliste du Vieux-Hull

CHRONIQUE / Le patron, bien... c'est lui. Le rédacteur en chef du quotidien Le Droit, Jean Gagnon. Le «boss» de la salle des nouvelles.
Mais le patron dirigea son dernier journal vendredi. Après 39 ans de carrière en journalisme, dont 14 ans au Droit - d'abord comme directeur de l'information, puis comme rédacteur en chef - il quitte.
Non, l'heure de la retraite n'a pas encore sonné pour Jean Gagnon. Mais le temps est venu, dit-il, de tirer sa révérence du quotidien de la rue Clarence. «Je quitte parce que j'ai accompli ce que j'avais à accomplir, explique-t-il. Beaucoup de choses ont été faites au cours des dernières années et il y a eu beaucoup de bouleversements dans la salle de rédaction. Mais on ne peut pas sans cesse se renouveler. À un moment donné, il faut avoir un oeil différent dans la vie d'une entreprise. Il faut quelqu'un qui voit ça d'un autre oeil et avec des idées nouvelles. Mes idées - il faut bien le dire - sont des idées du journalisme tel qu'on le pratiquait il y a 10 ans, 20 ans et même 30 ans. Le journalisme d'aujourd'hui exige autre chose. Et je sentais que de quitter était probablement la meilleure chose à faire pour le bien du Droit. De laisser d'autres, qui ont des yeux plus jeunes, voir à ce que Le Droit puisse continuer à prospérer et à survivre. Donc je quitte. Je m'accorde deux mois de repos et après on verra. Mais il n'est pas question que j'arrête de travailler. Je verrai ce que la vie me réserve. Et j'ai confiance en la vie.»
Père de deux enfants (sa plus grande fierté, dira-t-il) et grand-père de deux petits-enfants (sa plus grande joie), Jean Gagnon, 60 ans, est né et a grandi dans le Vieux-Hull, sur la rue St-Laurent (aujourd'hui le boulevard des Allumettières), à un jet de pierre du Centre Robert-Guertin. Son père exerçait le métier plutôt inusité de scaphandrier pour la Ville de Hull, au château d'eau. Sa mère était serveuse dans un restaurant du boulevard Montcalm. Fils unique, Jean Gagnon était mordu des sports, mais aussi de l'information, de la nouvelle, du journalisme.
«On recevait Le Droit chez nous parce qu'à l'époque, on devait être abonné au Droit si on voulait être bien vu dans le voisinage, raconte-t-il. Et dès ma jeune enfance, aussi loin que je puisse me rappeler, j'étendais Le Droit (grand format à l'époque) sur le plancher et je le feuilletais. Je lisais toutes les sections. Et je pense que c'est en le lisant que j'ai décidé que j'allais moi aussi écrire dans le journal un jour. Le journalisme me semblait tellement intéressant. Je me posais toutes sortes de questions en lisant le journal. Comment ça marche un journal ? Comment savent-ils ça ? Pourquoi peuvent-ils l'écrire ? Ça me fascinait.
«Donc quand j'ai commencé au Droit à titre de directeur de l'information, en septembre 2003, c'était comme un accomplissement pour un jeune garçon du Vieux-Hull. Je travaillais là où je pensais tout jeune que j'allais appartenir un jour. Parce que j'ai toujours cru que j'allais un jour travailler au journal Le Droit.»
Jean Gagnon a étudié en journalisme au Collège Algonquin d'Ottawa. Et c'est à Hearst, dans le nord de l'Ontario qu'il a débuté sa carrière en 1978, à l'âge de 22 ans. 
«C'était au journal Le Nord de Hearst, se rappelle-t-il. Je ne connaissais pas tellement le milieu franco-ontarien. D'ailleurs, quand le patron du Nord m'a appelé pour me dire qu'il avait un poste de journaliste de disponible, je croyais que Hearst se trouvait dans le coin de Peterborough (au sud d'Ottawa, pas très loin de Toronto). Mais j'ai découvert à Hearst un milieu vraiment extraordinaire et dynamique, malgré l'isolement de cette communauté francophone. C'était un véritable village d'irréductibles. Et j'ai fait la rencontre de gens formidables, passionnés et professionnels. J'étais le seul journaliste de la boîte. Donc je faisais tout. La nouvelle générale, le communautaire, les sports, l'éditorial parfois, et je faisais même la livraison du journal», ajoute-t-il en riant.
Il a quitté Hearst deux ans plus tard pour un hebdo de Val-d'Or, en Abitibi, soit la ville natale de sa compagne de vie, Camille Bouchard, qu'il avait rencontrée durant ses études collégiales à Ottawa. 
Jean Gagnon a ensuite été recruté par Radio-Québec (aujourd'hui Télé-Québec) à Val-d'Or à titre d'agent d'information et de la programmation. Puis il est passé à Radio-Nord (RNC) comme directeur des stations de télévision et de radio, toujours à Val-d'Or. Et en 1994, lui, Camille et leurs deux jeunes enfants sont rentrés à Hull où Jean Gagnon a occupé le poste de directeur de l'information de la station télé CHOT (TVA). 
Il a quitté neuf ans plus tard pour le quotidien Le Droit.
Et s'il avait un message à laisser aux jeunes journalistes ?
«Il ne faut pas désespérer en l'avenir de cette profession-là, répond-il. Le secret, c'est d'être utile. Trouver la façon de se rendre utile. Parce que si vous êtes utiles, on aura besoin de vous. Il faut être utile aux yeux du lecteur. Il faut être pertinent. Il faut offrir une information que le lecteur ne pourra trouver ailleurs que dans le journal. Il faut se rapprocher des gens et offrir des couvertures plus populaires, mais sans tomber dans le quétaine et dans le communautaire à l'extrême. Pour bien connaître sa communauté, il faut faire plus que de couvrir l'hôtel de ville et la commission scolaire. Il faut aller à la rencontre des gens. Et je crois que c'est là que les médias trouveront leur planche de salut.»
Parole du patron.