Les maire d'Ottawa et de Gatineau étaient unis hier par leurs frustrations plutôt que par leurs ambitions communes.

Le gros bon sens

C'est le gros bon sens. Je parle des changements réclamés à la gouvernance de la Commission de la capitale nationale (CCN) par les maires d'Ottawa et de Gatineau.
En 2014, ce n'est pas normal qu'un organisme qui prend des décisions lourdes de conséquences pour les gens de Gatineau et d'Ottawa ait si peu de comptes à rendre à la population.
Avec une belle unanimité, Jim Watson et Maxime Pedneaud-Jobin ont fait parvenir une lettre au premier ministre Stephen Harper hier, l'exhortant à leur réserver chacun un siège au conseil d'administration de la CCN. Les deux magistrats veulent s'assurer de pouvoir y représenter leurs citoyens, ce qui n'est pas le cas actuellement. Encore aujourd'hui, le c.a. de la CCN est composé de non-élus. Et ce qui ajoute à la frustration des deux maires, la majorité d'entre eux provient de l'extérieur de la région.
C'est dire que des gens du Nunavut, du Manitoba et d'ailleurs au Canada prennent des décisions lourdes de conséquences pour les citoyens de Gatineau et d'Ottawa. «Puis ils reprennent l'avion pour leur patelin sans avoir à rendre de comptes aux gens d'ici», déplore le maire Watson. Une situation qui amène son lot de frustration et d'affrontements stériles.
Pour que les deux principaux maires de la région se liguent pour réclamer des changements, c'est qu'ils en ont ras-le-bol de se faire traiter de haut par la CCN. Un organisme qu'ils accusent de s'éloigner de sa mission d'origine, soit de développer à long terme la région.
D'ailleurs, le seul fait de voir les maires d'Ottawa et de Gatineau se parler est une bonne nouvelle en soi. Trop souvent, on a l'impression qu'ils vivent chacun sur leur planète. Quoique c'est un peu ironique de les voir unis aujourd'hui par leurs frustrations plutôt que par leurs ambitions communes.
Les maires de Gatineau et d'Ottawa n'ont jamais siégé au conseil d'administration de la CCN. Au début des années 2000, un comité tripartite réunissait à intervalles réguliers les maires d'Ottawa, de Gatineau et le président de la CCN. C'était alors Marcel Beaudry, un ancien maire de Hull, qui présidait l'organisme. Au fil des ans, le comité a toutefois cessé de se réunir devant le peu de résultats obtenus.
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Au lieu de faciliter le travail des villes, la CCN leur complique la vie, ont dit les maires.
C'est rendu que la CCN fait dans la microgestion et s'inquiète du moindre détail des projets. Dans le dossier du train léger, elle a exigé d'obtenir des informations aussi précises que le type de plantes qui pousseraient le long des futures stations, racontait hier le maire Watson. Le maire Pedneaud-Jobin, lui, en a contre l'attitude impériale de la CCN qui a imposé au conseil municipal de Gatineau la fermeture de Gamelin. Dans un autre dossier, celui du renouvellement des baux de stationnement, il déplore que Gatineau soit perçue comme un simple client au lieu d'un partenaire à part entière de la CCN.
Ce sont autant de petites choses qui viennent renforcer l'impression que la CCN est de plus en plus incapable de remplir sa mission. Alors qu'on lui prête un rôle de coordination pour tout ce qui est des questions de transport entre les deux rives de l'Outaouais, elle a échoué à deux reprises au cours de la dernière année. Deux études, une sur les ponts et l'autre sur l'intégration des transports en commun, se sont retrouvées sur les tablettes, sans parvenir à rallier les politiciens des deux côtés de la rivière.
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La proposition des deux maires mérite l'examen. Elle viendrait donner une voix à la population locale, sans mettre en péril la souveraineté de la CCN. Les gens de l'extérieur de la région disposeraient d'encore 8 votes sur 15 au conseil d'administration. En contrepartie, les maires pourraient assister aux réunions à huis clos dont ils sont aujourd'hui exclus. Et d'où émergent souvent les plus mauvaises surprises pour eux.
Ils prennent un risque calculé en faisant front commun sur la question. La CCN n'a pas exactement la cote ces jours-ci. «Elle n'a pas beaucoup d'amis», a constaté Maxime Pedneaud-Jobin...
La CCN a tout intérêt à se remettre en question. En matière de reddition de compte et de transparence, elle est à des années-lumière de la modernité.