Les arts martiaux mixtes se sont avérés une planche de salut pour Cédric Mongeon. Aujourd'hui, entre deux combats sur le ring, il travaille auprès des jeunes.

Le grand combat de Cédric

C'est sa mère qui nous a écrit pour nous dire combien elle est fière que son fils participe à son troisième combat ultime chez les pros.
Comme Georges St-Pierre, Cédric Mongeon pratique les arts martiaux mixtes, un sport ultraviolent et controversé. Demain, le jeune de 26 ans livrera son troisième combat chez les pros, son tout premier devant ses partisans, ici, à Gatineau.
Mais ce n'est pas ce qui était le plus touchant dans le courriel de sa mère. C'était plutôt la manière dont elle raconte comment un sport aussi brutal que les arts martiaux mixtes se sont avérés une planche de salut pour son fils. Aujourd'hui, entre deux combats sur le ring, il travaille auprès des jeunes. Comme travailleur de rue chez Adojeune, mais aussi comme remplaçant dans les écoles secondaires. Il ambitionne aussi de devenir policier - il a son diplôme en poche. Et il termine des études universitaires en communication.
Aux yeux de sa mère, Cédric est un rescapé. Elle raconte l'histoire d'un adolescent qui bouillait de l'intérieur à cause d'un père absent, qui n'allait nulle part à l'école, qui glissait tranquillement sur la pente de la délinquance. Et qui, à un moment donné de sa vie, a rencontré un travailleur de rue qui l'a amené à se découvrir lui-même. Qui lui a enseigné à se fixer des objectifs et à se donner les moyens de les atteindre. D'abord par la musique, puis par les arts martiaux mixtes.
Si bien qu'aujourd'hui, on peut voir Cédric Mongeon comme une sorte de DrJekyll et M. Hyde. Une double personnalité. Un gars qui passe 20 heures par semaine à s'entraîner comme un fou pour livrer des combats sans merci. Et qui passe le reste de son temps à aider des jeunes qui manquent de persévérance et ne savent pas quoi faire de leur vie. Comme ce travailleur de rue l'a jadis fait pour lui.
«Cédric est un beau modèle de jeune et j'en suis fière», raconte sa mère, Danielle Potvin.
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Je m'attendais à rencontrer une armoire à glace à la GSP. D'autant plus que sur ses photos Facebook, Cédric Mongeon arbore un corps musclé, découpé à la serpe. Il m'a fallu un moment pour réaliser que c'était lui, ce gars d'assez petite taille, assis à la table du café qui semblait attendre quelqu'un.
«Cédric?»
Il s'est retourné d'un bloc, et il m'a planté un regard bleu acier dans les yeux. Le même regard qu'il doit lancer à son adversaire au moment de la pesée officielle. Un regard dur qui ne cille pas. Puis il a souri, et tout son visage s'est adouci. Le visage amaigri d'un gars qui doit perdre 35livres d'ici son combat.
Quand je lui ai demandé si ça allait, la réponse ne s'est pas fait attendre. «À part que je n'ai pas de vie et que j'ai faim, oui!» a-t-il lancé à la blague.
Il m'a raconté la même histoire que sa mère. Comment, ado, il traînait dans les parcs, buvant et fumant. Incapable de canaliser toute cette rage qui l'habitait. Il a ajouté qu'il se faisait intimider à l'école en raison de sa petite taille. Un peu la même histoire que Georges St-Pierre, son idole.
«J'en ai pleuré un coup... J'aurais aimé être gros et fort et savoir tout ce que je sais aujourd'hui. C'est drôle, parce que les bullies qui sont toujours plus gros et plus grands que moi sont revenus me voir pour savoir si j'allais leur donner une volée pour ce qu'ils m'avaient fait plus jeune... Je suis parti à rire quand le gars est venu me dire ça. Je lui ai dit: 'Écoute, je ne t'en veux pas, c'est de l'histoire ancienne. Tout ce que tu m'as fait, de toute façon, ça m'est revenu 100 fois en positif. Cette rage que j'ai canalisée m'a permis de foncer dans la vie, de persévérer et de ne jamais abandonner.'»
Il a raconté comme le combat ultime a sauvé sa vie. Comment la nécessité de s'entraîner avec une discipline de fer s'est transférée dans les autres domaines de sa vie. Il aimerait enseigner les arts martiaux aux jeunes avec qui il travaille chez Adojeune. Mais c'est hors de question, il le sait bien. «Les arts martiaux mixtes, c'est encore un sujet tabou... S'il fallait que les médias apprennent qu'un travailleur de rue enseigne ça aux jeunes, tu imagines le tollé?»
Oui, j'imagine très bien.
Cédric vient de s'acheter une maison avec sa blonde, Karine Villeneuve, qui fait aussi du combat ultime. Le couple essaie d'avoir un enfant.
Dans le coeur de Cédric, la rage a cédé la place au désir d'être le meilleur et de surpasser ses limites. «Maintenant, je veux voir jusqu'où je peux me rendre.»