Alexandre Désilets.

Le goût du risque d'Alexandre Désilets

Alexandre Désilets est loin de se considérer comme un pro du poker. Pourtant, il a tout misé sur Fancy Ghetto, son troisième album en magasins dès mardi.
«C'est un genre de all in pour moi, sur le plan artistique», soutient-il, serein, entre deux gorgées de café. 
Sans renier le rock planant des précédents Escalader l'ivresse et La Garde, l'auteur, compositeur et interprète a clairement voulu marquer un virage, avec sa plus récente galette.
«J'ai vraiment donné tout ce que j'avais à donner sur ce disque. C'est celui pour lequel je me suis impliqué le plus, à chaque étape de création», mentionne-t-il.
Mené par le goût du risque pour créer un nouvel opus «plus incarné, plus dans le corps que la tête», l'auteur, compositeur et interprète a fait du thème intrinsèque de Fancy Ghetto un véritable modus operandi.
Délaissant les atmosphères vaporeuses, Alexandre Désilets s'est littéralement enraciné dans une énergie brute et nettement plus électro.
L'album a d'ailleurs été enregistré «live», en septembre dernier.
«Les musiciens et moi, on a vraiment formé un groupe pendant les 10 jours qu'on a passé ensemble en studio. Mais contrairement à une réalisation électro habituelle, on trafiquait le son de la batterie ou de la basse à la source, parce qu'il n'était pas question de s'installer à la console pour bidouiller ensuite», explique l'artiste de 38 ans.
Urgence de vivre...
Dix jours pour 10 chansons, qui reflètent ainsi l'«urgence de vivre» des personnages qui habitent son Fancy Ghetto.
Dans ce quartier revampé «comme il en existe dans plusieurs grandes villes», les générations se mélangent, les nouveaux riches côtoient les moins nantis, hommes et femmes se frôlent des regards, des mots ou du corps.
«De tels vieux quartiers 'rehuppés' sont des lieux de rencontres, de chocs inspirants. Ils abritent des solitudes résolument urbaines.»
Lancé sur la piste de ses «anti-héros solitaires, en quête d'amour et de leur vérité», le Gatinois d'origine redonne vie à des versions modernes de Quasimodo, Don Quichotte et autres reines inaccessibles tenant cour... au bar du coin.
Sa plume s'est donc elle aussi ancrée dans «le concret, le tangible» à travers une série de récits écrits à quatre mains avec son «frère d'armes» Mathieu Leclerc.
Si on peut lire entre les lignes quelques pointes d'auto-dérision (sur les notions de beauté et de richesse, par exemple), les personnages qu'ils mettent en scène évoluent dans des décors bien campés.
«Leurs histoires se déroulent entre le coucher et le lever du soleil. Elles flirtent avec un côté clandestin, voire un peu voyou.»
Leur parcours romantiques se fondent ainsi dans une réalité  contemporaine, de l'homme qui attend sa prétendante à la femme qui cherche son chevalier...
... et besoin de bouger
Les musiques rendent elles aussi cette énergie noctambulesque et fébrile qui sous-tend les textes.
«J'avais déjà fait des tests avec un côté soul et Motown sur quelques pièces de La Garde, et j'ai voulu pousser dans cette voie.»
Le trentenaire savait donc déjà depuis trois ou quatre ans qu'après avoir creusé la veine nostalgique, son prochain opus s'avérerait plus dansant.
«J'ai toujours été le seul de ma gang à me lancer sur les planchers de danse, quand on sortait!» raconte-t-il en rigolant.
S'il a craint, à un certain moment, que les projets de danse auxquels il a collaboré au fil des ans (Duels, avec la compagnie Cas public; Danse Lhasa Danse) l'éloigne de la musique, il a plutôt constaté qu'ils le nourrissaient. «Plus je bougeais, plus j'étais inspiré.»
Avec pour résultat qu'il a plus que jamais envie de bouger aujourd'hui. Et de faire danser les gens.
«Je suis conscient que les spectateurs ne s'attendent pas nécessairement à ça, en venant me voir, mais j'espère réussir à leur transmettre cette nouvelle énergie!»
Sur scène, dans le cadre de son tout nouveau spectacle, Alexandre Désilets sera entouré de quatre musiciens: Jocelyn Tellier, aux guitares; Samuel Joly, à la batterie; François Richard, aux claviers; et Jérôme Hébert, à la basse.
De blogues et de musique
En prévision du lancement de son nouvel album, Alexandre Désilets a approché 10 blogueurs dans le but de créer d'autres types de rapprochements aussi inattendus qu'intéressants. Chacun a ainsi «camouflé» une pièce de Fancy Ghetto, qui dans un article sur l'histoire des pièces cachées (Donne ta musique), qui dans une recette de brownies (Trois fois par jour), par exemple. En passant sur la zone du blogue où le titre se cache, la souris déclenchera la chanson et des images de la pochette et du livret du disque du Gatinois apparaîtront en filigrane.
Favoriser des rencontres imprévues
Dans l'esprit de l'album et des «personnages» qu'il met en scène, l'application Fancy Ghetto relève de l'expérience sociale interactive. Les participants sont invités à jouer en se définissant («Fancy» ou «Ghetto») avant de laisser les visiteurs provoquer des amitiés/rencontres, qui pourraient ensuite les mener jusqu'au profil Facebook de la personne suggérée pour faire de la rencontre virtuelle une possible réalité. Fancy Mariages ou Bébés en vue? À suivre!