Les députés Marc Carrière et Maryse Gaudreault.

Le flou artistique

Ainsi le chef libéral Philippe Couillard veut donner un statut particulier à l'Outaouais en matière d'éducation supérieure, un peu comme il l'avait fait dans le domaine de la santé. L'idée est intéressante. L'ennui, c'est qu'on ignore ce que cette promesse renferme exactement.
Interrogés à ce sujet, les candidats libéraux de la région sont demeurés vagues jusqu'ici. Hier, Marc Carrière affirmait que ce statut particulier s'accompagnerait d'argent frais pour l'Outaouais. Sa collègue Maryse Gaudreault semblait dire le contraire la semaine dernière, et parlait plutôt de mettre les demandes de nouveaux programmes sur la «voie rapide».
Bref, pour l'instant, ce statut particulier semble être à la fois tout et son contraire. Même l'Alliance pour la cause de l'enseignement supérieur en Outaouais (ACESO), qui bataille pour combler le déséquilibre dont est victime l'Outaouais par rapport à l'Ontario, doit se demander ce que contient cette bibitte. D'ailleurs, à ma connaissance, l'ACESO n'a jamais réclamé publiquement de statut particulier.
Bien sûr, on peut dire, comme les libéraux, que si un statut particulier s'accompagne de nouveaux programmes d'éducation postsecondaires, il viendra inévitablement avec de l'argent frais. C'est l'évidence. Mais la question n'est pas là.
La véritable question, c'est de savoir si le prochain gouvernement du Québec est prêt à investir davantage pour permettre à l'Outaouais de rattraper son retard par rapport à l'Ontario, et même au reste du Québec, en matière d'études supérieures.
L'enjeu, c'est de savoir si le statut particulier de Philippe Couillard permettra de rapatrier en tout ou en partie les 2600 étudiants québécois qui décident chaque année d'aller étudier en Ontario faute de programmes qui les intéressent en Outaouais.
C'est aussi de savoir si le statut particulier des libéraux permettra de combler le retard historique de l'Outaouais. Ottawa offre 835 programmes d'études de niveau collégial et universitaire contre seulement 101 en Outaouais, selon les chiffres de l'ACESO.
À une certaine époque, l'Outaouais pouvait peut-être se permettre de voir une partie de sa jeunesse aller se chercher un diplôme de l'autre côté de la rivière.
Plus maintenant.
Aujourd'hui, un étudiant sur quatre qui choisit Ottawa comme lieu de formation ne pourra revenir en Outaouais ou au Québec puisque ses qualifications ne seront pas reconnues.
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Bref, les libéraux ont intérêt à clarifier leur proposition. Même si leurs adversaires péquistes ne pêchent pas non plus par excès de clarté sur cette question.
Avant les élections, le ministre de l'Éducation supérieure, Pierre Duchesne, a reconnu l'existence d'un déséquilibre dans le financement de l'éducation supérieure en Outaouais. Tout comme son collègue, le ministre Stéphane Bergeron qui a joint les rangs de l'ACESO. Le PQ parlait d'élaborer un plan de rattrapage en matière d'éducation postsecondaire.
Alors je ne sais pas trop comment il faut interpréter les déclarations du candidat péquiste dans Hull, Gilles Aubé, dans notre édition de samedi. Il a refusé de promettre plus d'argent pour l'enseignement supérieur en Outaouais. «Les sous sont comptés, il y a un déficit de 2,5 milliards (au Québec), il faut être prudent. À long terme, nous voulons plus de programmes, mais on doit y aller avec les moyens qu'on a», a-t-il déclaré à mon collègue Guillaume Saint-Pierre.
Qu'est-ce que ça veut dire au juste? Que le rattrapage est mis sur la voie de garage?
La campagne est encore jeune, les principales formations politiques auront sans doute l'occasion de préciser leurs engagements.
Mais il faudra peut-être attendre la venue des chefs en Outaouais pour en savoir plus. Parce que jusqu'ici, cette élection me paraît extrêmement contrôlée par le haut. Du moins, à en juger par les déclarations tièdes des candidats locaux. C'est comme si on boudait les engagements fermes au profit de vagues promesses de travailler fort pour ses commettants.
Promettre de «tout mettre en oeuvre» pour réaliser quelque chose, ce n'est pas un vrai engagement, ça.