Alexandre Désilets évolue avec un aplomb et une maturité artistique résolument approfondis.

Le Fancy Ghetto d'Alexandre Désilets

Alexandre Désilets chante assurément le corps Au diable. Ce faisant, il a proposé une virée concluante dans son nouveau Fancy Ghetto, dans lequel il a entraîné le public gatinois ayant répondu à son appel, hier soir.
« Le spectacle a été pensé pour des arénas... En attendant, on va vous balancer ça ici ! a-t-il lancé d'un ton mutin, en ouverture de soirée. Et si vous voulez danser, faites comme nous : on va s'en donner à coeur joie ! »
Si les spectateurs de la salle Jean-Desprèz sont restés sagement assis, l'auteur-compositeur-interprète originaire de Gatineau, lui, ne s'est pas privé et s'est déhanché au gré de ses envies.
Dans ce Fancy Ghetto qui est le sien, qu'il a voulu tel un hymne à la nuit et aux règlements de compte amoureux, Alexandre Désilets évolue avec un aplomb et une maturité artistique résolument approfondis.
Nul doute que ses participations à divers projets parallèles au cours des dernières années, incluant Danse Lhasa Danse, lui ont permis d'affirmer sa présence sur scène. Cela se voit dans son aisance à bouger, dans sa capacité à habiter l'espace à sa manière, c'est-à-dire avec une fougue qu'on sent parfois plus intériorisée que complètement libérée. L'interprète n'en demeure pas moins totalement là, dans cette tension presque palpable qui l'anime.
Cela s'entend encore plus dans ses interprétations : sa voix, qu'il a pris plaisir à triturer par le biais de quelques instruments ici et là, a pris une indéniable assurance. Y compris dans ses failles, perceptibles et acceptées, lorsqu'il a offert L'Éphémère a cappella, sobrement accompagné à la guitare, en guise de premier rappel.
Cette assurance lui a aussi permis, tout au long de sa prestation, de rester en contrôle de ses interventions, même lorsqu'il les étirait plus qu'à l'habitude (pour parler de zombies, entre autres) ou lorsqu'il semblait perdre le fil de sa pensée entre Kingston et Gatineau.
Il faut reconnaître que son récent matériel, plus énergique et dansant, tout en demeurant en partie planant, lui donne l'occasion d'élargir ses horizons sur scène. Aussi bien quand il chante les pièces de Fancy Ghetto, lancé il y a à peine quelques semaines, que celles de ses deux précédents albums.
Baignant dans les reflets de sa boule à facettes, il a ainsi tour à tour livré son vibrant Hymne à la joie, puis une version de Si loin revisitée sur des accents Motown assumés, qui se sont ensuite (con) fondus dans une relecture débridée d'À moitié fou. Il a aussi empreint d'un souffle inédit Où vent nous mène, en faisant une ballade envoûtante, lourde de sens, qui a résonné comme le cri du coeur d'un amoureux désireux de faire oublier à sa douce la chicane les ayant frappés.
Car - et c'est peut-être là que l'artiste a étonné, voire séduit, le plus - le trentenaire a su finement intégrer ses plus vieux (et toujours fort appréciés) titres à la trame nettement plus pesante de son univers tout neuf, dans lequel il s'est allègrement promené, hier, solidement entouré qu'il était du guitariste Joss Tellier, du bassiste Jérôme Hébert, du claviériste François Richard et du batteur Sam Joly.