Le dictionnaire amoureux de Venise

Devant un «beau livre» comme Le dictionnaire amoureux de Venise, on éprouve immanquablement un sentiment d'émerveillement un peu enfantin. Pas question de le lire dans son fauteuil. Mieux vaut s'asseoir respectueusement devant sa table, à la clarté de la lampe. S'enchanter des illustrations et se laisser guider par les descriptions de Philippe Sollers. Rêvasser... On s'y croirait presque, à déambuler sur cet échiquier de ruelles, canaux, places, ponts, «où l'instant [est] enfin vécu comme tel, multiplication de la vision, couleurs sur couleurs, jouissance d'être».
Depuis le XVIe siècle, l'art vénitien représente un sommet de la culture occidentale. Il est synonyme de palettes somptueuses, de touches virtuoses au service de thèmes sensuels. La magie opère toujours par procuration quand elle est ainsi magistralement retranscrite. Rédigé sous la forme d'un abécédaire, ce livre lumineux - paru une première fois en 2004 dans la collection des éditions Plon - en retrace les plus beaux charmes et ne ressemble en rien aux bavardages didactiques autorisés d'habitude sur le sujet. Philippe Sollers se souvient de cette ville qu'il connaît bien, se moque et jubile, tendre et mordant comme la vie même.
Sa visite guidée débute par une analyse sensible du tableau La Tempête de Giorgione, puis chemine par l'incontournable basilique Saint-Marc qui inspira tant de musiciens, n'oublie pas de rendre visite aux grands fantômes de la légende vénitienne, Lord Byron, Casanova, Monteverdi et compagnie. Loin du brouhaha touristique, Philippe Sollers nous fait ainsi partager les plus belles couleurs de la Sérénissime. Toujours y règne un climat d'hédonisme triomphant. Ce qui donne à son livre de très haute érudition un tour joyeux, sensuel et coloré.
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Le dictionnaire amoureux de Venise, Philippe Sollers, Flammarion, 256 pages
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