Le Gatinois André Sanche était visiblement ému de voir que son cousin soit enfin honoré par sa ville natale.

Le cousin de Bobino

La Ville de Gatineau a inauguré une vitrine, hier matin. Bien oui, une vitrine.
Mais pas une simple vitrine comme on en voit à l'entrée d'un magasin.
Mais bien une vitrine à l'effigie du personnage télévisé Bobino.
Donc dans cette vitrine qu'on a baptisée «Guy Sanche, c'est Bobino», on peut y voir le costume du célèbre Bobino qui a marqué l'imaginaire de plusieurs générations d'enfants de 1957 à 1985.
Le vrai de vrai costume. Le veston, le chapeau melon, les gants blancs, la canne. Tout y est. Même Bobinette y apparaît dans la merveilleuse toile de fond de cette vitrine. Il ne manque que Tapageur, Télécino et le général Garde-à-Vous.
Cette vitrine se trouve évidemment à l'entrée de la bibliothèque Guy-Sanche de la Maison de la culture de Gatineau; une bibliothèque nommée en l'honneur de ce comédien hullois qui a rendu l'âme en 1988.
(À souligner que le costume du personnage a été prêté par Radio-Canada).
Plusieurs personnes ont assisté à cette inauguration, dont le cousin de Guy Sanche, le Gatinois André Sanche. Et ce dernier, qui est âgé de 79 ans, était visiblement ému de voir que son cousin soit enfin honoré de la sorte par sa ville natale.
«Je suis très touché par ce geste, a-t-il dit. Guy a laissé un bon souvenir à plein de gens.
«J'ai fait carrière dans l'aviation et je me suis promené un peu partout dans le monde. Mais quand je suis revenu travailler dans la région, aussitôt que je mentionnais mon nom, les gens me demandaient automatiquement: 'es-tu parent avec Bobino?'. C'était automatique! Et quand je voyais le large sourire sur le visage de ceux qui posaient la question, ça me rappelait comment Guy a vraiment touché des milliers et des milliers de gens.»
André Sanche et son cousin Guy étaient du même âge. «Il y avait deux mois de différence entre lui et moi», de préciser M. Sanche. Mais ce dernier a tout de même appris quelques leçons de français quand il avait l'occasion de regarder son cousin jouer Bobino à la télé.
«Un jour, raconte-t-il, Guy parlait aux enfants dans son émission, comme il le faisait chaque jour, et il leur racontait qu'il avait une écharde au doigt. Je me demandais bien ce qu'il voulait dire par une écharde. Parce que dans le jargon québécois, on ne disait pas une 'écharde' au doigt, mais bien une 'écharpe'. C'est donc lui qui m'a appris le bon mot!, ajoute-t-il en s'esclaffant.
- Vous gardez de beaux souvenirs de votre enfance avec votre cousin?, que je lui demande.
- Ah oui! On a passé notre enfance ensemble. Je l'aimais beaucoup. On s'entendait très bien, on était sur la même fréquence. Je demeurais à Limbour à l'époque, tout près du collège Saint-Alexandre, et Guy habitait la rue Notre-Dame, à Hull. L'été, il venait souvent passer du temps chez nous.
«Nous allions parfois sur l'île des Pères, c'est comme ça qu'on appelait la petite île dans la rivière Gatineau près de Limbour. Il n'y avait pas de petit pont à l'époque. Donc on retirait nos souliers et on traversait à pied, dans l'eau. Parce que durant les mois d'été, des artistes de cirque allaient se pratiquer sur cette île. Et Guy pouvait passer des heures et des heures à regarder les jongleurs, les cracheurs de feu et tout ça. Ça le fascinait. Et je pense que sa carrière de Bobino a un peu commencé sur cette petite île.»
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C'est un secret de Polichinelle que Guy Sanche a connu une fin de vie plutôt... difficile. Affaibli considérablement par un cancer des ganglions, il a de plus sombré dans l'alcoolisme. Deux maladies qui lui ont coûté la vie en 1988, trois ans après que Radio-Canada ait retiré l'émission Bobino de ses ondes.
«Une fin de vie très difficile, en effet, souffle son cousin André. Et quand on lui a enlevé Bobino, je pense que ça l'a tué. Guy est un peu mort avec Bobino.
«Mais aujourd'hui, ici à la bibliothèque qui porte son nom, c'est d'un grand Hullois qu'on se souviendra. D'un grand comédien passionné par la culture et la langue française qui a marqué la vie d'innombrables gens. Et d'un grand homme qui, encore aujourd'hui, nous décroche un sourire et nous replonge dans les plus doux souvenirs de notre enfance.»