Le commissaire aux services en français de l'Ontario, François Boileau

Le commissaire Boileau tape sur le même clou

Le commissaire aux services en français (CSF) de l'Ontario François Boileau revient à la charge dans son dixième rapport annuel en pressant la ministre déléguée aux Affaires francophones, Marie-France Lalonde, d'amorcer sans tarder le chantier de refonte de la Loi sur les services en français (LSF).
Il s'agit de l'une de ses dix recommandations formulées dans le volumineux document de près de 100 pages intitulé Prendre notre place, déposé mardi à Queen's Park.
« J'en parlais dans mon dernier rapport et je n'avais pas eu de réponse formelle, c'est la première fois que ça arrive. Je demandais à ce que la LSF soit réécrite avant la prochaine élection provinciale (prévue dans un an), mais là je constate que ça va être difficile de respecter un tel échéancier. Je le souhaite encore, mais je ne suis pas dupe, c'est un gros projet et je vois bien que le temps file. Sauf qu'il faut continuer à mettre de la pression afin que le gouvernement ne l'oublie pas », affirme M. Boileau, précisant néanmoins que le dialogue est cordial avec la ministre Lalonde.
Cette dernière n'a pas tardé à réagir en réaffirmant l'engagement « entier » du gouvernement libéral de Kathleen Wynne envers la refonte de cette loi, qui a vu le jour en 1986.
« Définitivement, on le l'oublie pas, c'est un engagement très sérieux. Après 30 ans, je pense que nous sommes tous d'avis qu'il faut aller de l'avant et la moderniser. En même temps, j'ai eu une conversation avec Bernard Grandmaître (qui a mis sur pied la LSF) et il était hésitant. Les choses ont beaucoup changé et il y a beaucoup d'éléments à prendre en considération. Si l'on rouvre la Loi, je veux que nos amendements aient un maximum d'impacts. Je dirais qu'il faut y aller avec tact avant d'amener une loi 2.0 », de dire la ministre Lalonde, ajoutant ne pas être en mesure d'avancer un échéancier quelconque. 
La santé visée
Par ailleurs, les services de santé offerts en français étant très inégaux d'une région à l'autre, les questions telles que « Où peut-on trouver un médecin de famille qui parle français » ou « Dans quel hôpital peut-on recevoir des services en français » sont encore fréquemment posées. 
Le commissaire revendique donc des changements sur l'engagement de la collectivité francophone en matière de services de santé en français. Les négociations iraient bon train à ce sujet, selon lui.
« Ce n'est pas évident pour le citoyen de savoir où aller. Il faut que le système de santé sache où se trouvent ces professionnels et ces fournisseurs-là, par exemple avec de la collecte de données auprès des ordres professionnels. Ça doit fonctionner en symbiose. Il faut non seulement connecter les ressources mais aussi travailler à en avoir plus, on ne peut se satisfaire du statu quo », martèle M. Boileau. 
Le CSF a reçu 301 plaintes en 2016-2017, un nombre comparable aux dernières années même si on avait observé un léger recul l'an dernier. 
Du nombre, 214 plaintes (71 %) ont été jugées recevables. Les ministères les plus visés ont été ceux de la Santé et des Soins de longue durée ainsi que du Procureur général. 
« Du travail de sensibilisation a été fait auprès de certains groupes et de toute évidence ça a fonctionné. Il y a par exemple une recrudescence de plaintes formulées par des jeunes, qui ont toujours été une clientèle cible pour nous mais qu'on avait de la difficulté à rejoindre. Il y a également eu davantage de plaintes au sujet de l'enseignement supérieur », indique M. Boileau.
Appui renouvelé pour une capitale bilingue
L'octroi d'un statut de bilinguisme officiel à la Ville d'Ottawa enverrait un signal on ne peut plus clair, affirme le commissaire aux services en français de l'Ontario, François Boileau, qui répète être en faveur de l'adoption d'une telle désignation pour la capitale fédérale. 
Il se dit cependant conscient que le projet ne se concrétisera pas nécessairement à court terme, alors que bon nombre de gens souhaitent que la nouvelle soit annoncée en 2017 pour profiter des célébrations du 150e anniversaire de la Confédération. 
« Je pense que le mouvement citoyen va dans la bonne direction, est-ce que ça donnera les résultats escomptés ? Chose certaine, si la communauté ne continue pas de pousser ou baisse les bras, ça n'arrivera pas. Et est-ce que c'est si important que ça se produise cette année ou si l'objectif est qu'on puisse dire, même dans 20 ans, que ça s'est réalisé ? Je pense que si l'idée est bonne en ce moment, elle le sera tout autant l'an prochain », indique-t-il. 
Faisant allusion au maire Jim Watson, M. Boileau soutient que « ça aiderait si le leader à la tête de la Ville prenait le bâton du pèlerin » dans ce dossier chaud qui fait les manchettes sur une base régulière. 
« Que la capitale du pays ne soit pas bilingue, c'est très étrange pour toutes sortes de raisons. Non seulement pour les citoyens francophones, mais aussi pour l'image que ça projette ailleurs au pays et à l'international. Ça l'est également pour les touristes qui viennent ici. D'autant plus qu'il y a déjà une politique en place. [...] Au sein du conseil municipal, le maire n'a qu'une seule voix, oui, sauf qu'il s'agit d'une voix qui porte, qui a un impact moral », lance-t-il. 
En entrevue éditoriale dans nos pages en février dernier, M. Watson affirmait que beaucoup de progrès a été fait et que sa Ville est un modèle pour les autres municipalités ontariennes en matière de services en français. 
« Je suis très fier de la politique de bilinguisme. Nous offrons tous les services dans les deux langues officielles ; les réunions du conseil, les comités, les publications, le site Web et mes discours sont dans les deux langues », disait-il alors.