L'ange gardien tourne autour de la rencontre improbable entre un veilleur de nuit renfrogné (Guy Nadon) et la mère (Marilyn Castonguay) d'une fillette dont le père est un repris de justice caractériel.

Le coeur fragile de L'ange gardien

Il a le coeur aussi grand que fragile, Normand (Guy Nadon), qui ne peut même plus regarder le hockey à la télé, parce que son coucou de fan s'emballe trop vite. Ex-flic devenu gardien de nuit à la suite d'un pontage coronarien, il accepte de recueillir Nathalie (Marilyn Castonguay), un oiseau perdu venu cogner à la porte de l'édifice qu'il a la charge de surveiller, et où il va la cacher. D'abord une nuit. Puis deux. Puis...
D'aucuns en auraient fait autant, à la voir braver ainsi le froid glacial de l'hiver québécois ? Peut-être, mais pas après avoir reconnu le visage de celle qu'il a surprise, quelques nuits plus tôt, tentant de cambrioler les lieux en compagnie de son chum tout juste sorti de prison (Patrick Hivon, intense en petite crapule orageuse), portrait-robot du sale type alcoolique, manipulateur et violent.
Si le veilleur a acquiescé à ouvrir la porte à la jeune femme, plutôt que d'avertir la police, devenant ainsi L'ange gardien évoqué par le titre du nouveau film de Jean-Sébastien Lord (Le petit ciel), c'est que Nathalie, au moment où elle prenait la fuite, l'a aidé à avaler une pilule pour calmer le malaise cardiaque déclenché par leur course poursuite.
Ce drame psychologique se déploie lentement - et sans verbiage - à mesure que se dévoilent ses protagonistes trop dignes ou trop farouches pour être bavards.
Le réalisateur, qui est également l'auteur de ce scénario bien ficelé-ciselé, joue avec doigté dans des zones dramatiques délicates, où le mieux est souvent l'ennemi du bien, parfaitement aidé dans son dosage par des comédiens de premier plan. Guy Nadon a enseigné à Marilyn Castonguay et Patrick Hivon durant leur passage sur les bancs de l'École nationale de théâtre. Jamais monochrome, bien que la tristesse et la douleur constituent 80 % de la palette à exploiter, le trio est capable de saisir et communiquer les émotions les plus furtives (la joie ne pèse jamais très lourd, mais permet au spectateur de respirer), et de livrer toutes les zones d'ombre de leur personnage.
Il y a d'abord un film sur l'apprivoisement et la construction du lien de confiance. Le secret partagé. L'excitation qui monte à l'idée de leurs retrouvailles jamais acquises. Le deuxième sandwich que se met à préparer Normand en catimini de son épouse (Véronique Leflaguais), et en affichant soudain la fébrilité de l'enfant qui prépare un mauvais coup. Des liens père-fille se dessinent, tandis qu'on cherche à déceler l'étendu du bobo chez le veilleur, dont le deuil de son propre fils ne semble pas tout à fait résolu. Ces liens se renforcent alors que se désagrège le lien amoureux entre Normand et sa femme, qui ne font plus que se croiser, à cause de leur rythme de vie (nocturne/diurne) désormais peu compatible.
Il y a ensuite un thriller policier. L'enquête reliée au cambriolage piétine, mais de moins en moins. Certains maladresses commises et autres rebondissements permettent de dynamiser l'action lorsqu'on commence à trouver que les choses stagnent trop.
En troisième lieu, il y a un film sur la renaissance d'un homme qui avait lâché prise sur la vie, et qui met fin à des années de résignation.
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L'ange gardien. De Jean-Sébastien Lord. Avec Guy Nadon, Marilyn Castonguay, Patrick Hivon.
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