Le directeur artistique du Chamberfest, Roman Borys.

Le Chamberfest se décoince

Plusieurs milliers de mélomanes sont une nouvelle fois attendus au Chamberfest d'Ottawa. La manifestation, qui fête son vingtième anniversaire, a commencé jeudi et se prolonge jusqu'au 7 août.
Nombre d'artistes qu'elle invite font partie des jeunes talents à surveiller. Cela ne suffit peut-être pas à lui garantir un élixir de jouvence, mais témoigne assurément d'une volonté d'orienter la programmation pour amener au classique de nouvelles générations. 
Non pas que le festival de musique de chambre se porte mal. Depuis 2006, il a doublé de spectateurs, passant de quelque 40 000 festivaliers en 1996 à 88 000 l'an dernier. En 2013, sa fréquentation a connu une hausse notable de 20%, par rapport à 2012. Un record de croissance pour cette organisation née en 1994.  
«Nous cherchons toujours à attirer de nouveaux publics, à ouvrir les horizons autour de la musique classique», assurait récemment Roman Borys, le directeur artistique du festival.  
Comment éveiller l'intérêt pour la musique de chambre d'une génération n'imaginant le répertoire classique que comme un style qui s'écoute le petit doigt en l'air? En choisissant pour l'ouverture le quatuor à cordes Brentano, popularisé au grand écran pour sa bande originale du film A Late Quartet. En faisant prendre l'air aux concerts, dont plusieurs se joueront dans la rue et gracieusement. En multipliant les conférences de vulgarisation, ouvertes à tous. En désacralisant l'image élitiste de la musique classique au côté de musiciens qui osent et innovent. 
Une année charnière
Pour preuve: la venue du Collectif9, un «groupe» qui se moque bien des cloisonnements stylistiques et des conventions trop guindées rattachées au classique. Ou encore le concert mutlimédia du percussionniste et compositeur Jesse Stewart, un remixage original de sons et d'images à découvrir le 1er août. 
Roman Borys et ses conseillers ont ainsi multiplié les initiatives pour faire découvrir et aimer la musique de chambre. D'autant que cette saison artistique 2014 marque un jalon important dans l'histoire du festival. 
«Dans une perspective d'avenir, je voulais que le public soit séduit par les jeunes musiciens que nous avons invités. Beaucoup de canadiens sont talentueux, c'est important de les faire connaître. 
« Pour commémorer le passé, la programmation se devait d'inclure les grands compositeurs, piliers de la musique classique.» À l'honneur, cette année, la musique de chambre de Bach offerte en intégralité par l'ensemble Caprice: un total de 16 oeuvres pour deux ou trois musiciens, jouées lors de quatre concerts.         
Pour sa vingtième édition, le Chamberfest ne se refuse rien. Et pour cause, il accueille aussi bien une série d'artistes de renommée internationale telles que la soprano Sondra Radvanovsky ou la pianiste Janina Fialkowska que des jeunes pousses, valeurs montantes de la scène actuelle: les Rosebud Chamber Players notamment, dont le concert sera présenté gratuitement dans le hall du nouveau siège social du Conseil des Arts, rue Elgin (lundi, de midi à 13h). 
En attendant, Roman Borys se réjouit des concerts en soirée dont le taux de remplissage est quasiment assuré, mais surtout de ce public qui le suit depuis sept ans sans trop rechigner et plébiscite une orientation toujours marquée par l'excellence musicale.    
«L'un des objectifs d'avenir, c'est que le festival devienne aussi attractif auprès du public anglophone que francophone», reconnaît le directeur artistique.
Les choix de Jean-Jacques Van Vlasselaer
Samedi, feuilletons Le livre de chant de Shakespeare grâce au Toronto Consort (midi, Dominion-Chalmers), puis pour rester dans le monde shakespearien retrouvons aussi celui de Chostakovitch dans des extraits de sa musique de film pour Hamlet, entourés de mélodies de Prokofieff et d'oeuvres de Rachmaninoff (15 h, Musée des beaux-arts).
Dimanche, gardons la soirée pour écouter de jeunes interprètes de la «prochaine génération». A côté de Richard Strauss et de Svendsen, on pourra y entendre une première mondiale de notre K.M. Murphy, très présente dans nos festivals d'été (19h, Dominion-Chalmer).
Le 28 juillet, deux événements sont à épingler. D'abord l'irrésistible Quatuor Cecilia dans Janacek, Brahms et Jeffrey Ryan (15 h, Musée des beaux-arts) ainsi que En blanc et noir où les oeuvres de Debussy, Ravel et Stravinsky encercleront La guerre de 1914 grâce à quatre pianistes, Pedja Muzijevic, Hinrich Alpers et les frères Parker (19 h, Dominion-Chalmers).
Le 29 juillet, en plus de l'événement-vedette qu'est le récital du soprano Sondra Radvanovsky (19h, Dominion-Chalmers), il serait bien intéressant de partager la pause-midi avec le Trio Alba autrichien en compagnie de Haydn, Mendelssohn et... Kelly-Marie Murphy (midi, Dominion-Chalmers).
Le 30 juillet, comment ne pas assister au concert-anniversaire de Chamberfest: trois heures de musique et de célébrations avec des musiciens présents et qui dans le passé l'auront marqué (19h, Dominion-Chalmers).
Le 31 juillet sera occupé: pas moins de trois concerts y sont d'importance capitale. À 15 h (Musée des beaux-arts) l'ensemble Made in Canada présente Mahler, Martinu et Brahms; à 19 h (Dominion-Chalmers) le Quatuor Miro, lui, interprétera Haydn, Brahms et Philip Glass, alors qu'à 20h (au CNA), l'Orchestre national des Jeunes du Canada passera de Wagner à Ravel (avec  l'intégrale de Daphnis et Chloé et le Concerto pour harpe de Ginastero).
Le 1er août, gardons un espace pour le Quatuor Lafayette qui nous fera entendre Haydn, Chostakovitch et Mendelssohn (15 h, Musée des beaux-arts). Et pour les fans de Janina Fialkowska rendez-vous le soir pour son répertoire accoutumé - Grieg, Chopin et Schubert (19 h, Dominion-Chalmers).
Le 2 août, les cordes jeunes et brillantes de Nikki et Timothy Chooi retrouvent le piano de Frédéric Lacroix pour Mozart, Fauré et Sarasate (15 h, Musée des beaux-arts).
Le 3 août, vainqueur du 11e concours de quatuors à cordes de Banff, le Quatuor Dover sera en ville pour nous faire écouter Mozart, Viktor Ullman (et son poignant quatuor nº3, composé dans le camp de concentration de Terezin) ainsi que Schubert (15 h, Dominion-Chalmers).
Les 4 et 5 août, six concerts seront consacrés à la Musique d'aujourd'hui (chaque jour à midi, 13 h 30 et 15 h, tous à l'École secondaire De la Salle): un véritable festival dans le festival. Une façon de savoir comment le «classique» dit notre monde actuel.
Le 4 août, surtout ne pas rater l'époustouflant Quatuor Brodsky dans un répertoire qui va de Purcell à Tanaka, en passant par Beethoven, Mendelssohn et Schubert (19 h, Dominion-Chalmers).
Le 5 août, aux antipodes du 21e siècle, celui de Haendel dans son premier oratorio Il Trionfo del Tempo nous attend. Il sera interprété par les Voix baroques et une pléiade d'artistes invités (19 h, Dominion-Chalmers). À ne pas manquer!
Enfin, en clôture de festival, les 6 et 7 août, un second festival dans le festival, celui-ci consacré à la musique (de chambre) de Jean-Sébastien Bach avec quatre concerts (chaque jour à 10 h et à midi) tous à Dominion-Chalmers) par l'Ensemble Caprice ainsi que le 6 août (à 15 h, Musée des beaux-arts) une analyse par Rob Kapilow du second des Concertos «brandbourgeois» de Bach avec les préludes opus 87 de Chostakovitch, inspirés par Bach.