Le Café 327 à Ottawa.

Le Café 327, réincarnation du Saint-O

Cela fait 18 mois que le chef Philippe Dupuy a vendu son restaurant Le Saint-O et la transformation est aujourd'hui complète. Les habitués de ce qui était l'un des derniers petits restaurants de cuisine française à Ottawa ne s'y reconnaîtront pas.
Quelques éléments sont pour le mieux (le mobilier, la façade, la cuisine renouvelée), d'autres pas (le français absent, la chaleur de l'accueil).
La transition ne s'est pas faite sans heurts. Les nouveaux propriétaires, Germain Brunet et Annie Durand-Brunet, avaient de bonnes idées de rénovation mais côté ressources humaines, cela a été la porte tournante. Pendant les six premiers mois, il a dû y avoir quatre chefs différents. Aujourd'hui, l'arrivée de Colin Lockett semble avoir stabilisé cet élément crucial du commerce. Un bon cuisinier attirera les clients davantage qu'une belle décoration.
Mais la décoration a aussi son importance et c'est la première chose que le dîneur aperçoit en approchant cet établissement qui a pignon sur rue dans la partie nord du boulevard Saint-Laurent, près des écuries de la Gendarmerie royale du Canada. Après 23 ans, un nouveau visage s'imposait: l'abri en canevas qui cachait l'entrée a été enlevé et de l'intérieur, on peut maintenant apprécier la lumière du jour. La salle à manger a été redécorée, le mobilier sombre a pris le bord et ça respire le propre, le neuf. Il n'était pas trop tôt.
Nouveau nom
Enfin, l'enseigne sur la façade a été arrachée et l'endroit est connu sous un nouveau nom: «Café 327 Kitchen "Wine Bar». Deux observations à ce propos: il y a déjà un 327 Wine Bar à Ottawa, sur la rue Somerset, ce qui porte à confusion (Cote Jury 13,5/20, octobre 2013). Et puis, le nom très anglais jure avec la tradition française de la maison. Peut-être était-ce intentionnel, mais on ne peut que le regretter. Surtout venant de restaurateurs francophones!
Ce vocable anglais annonce aussi ce qui se trouve à l'intérieur. Le personnel en salle ce jour-là était incapable de dire plus que quelques mots en français, malgré une majorité de clients de langue française. Et le menu était unilingue anglais aussi. Très triste.
Le chef Lockett propose un large choix de 10 entrées et huit plats principaux qui s'inscrivent dans la mouvance de la nouvelle cuisine canadienne, moderne tout en proposant des plats (ou des éléments) anciens, mais renouvelés. À titre d'exemple, une garbure (soupe au chou du sud-ouest de la France), des perogies d'Europe de l'est, un osso bucco italien, des pâtes à la ratatouille,etc.
Les présentations sont soignées par des décorations de verdure diverses, le tout dans une vaisselle blanche résolument moderne (assiettes surdimensionnées, bols évasés). Les vins sont servis dans de beaux verres fins... et la sélection recherchée est offerte à prix très doux. L'effort au niveau de cette carte forte de 30 ou 40 étiquettes mérite d'être souligné.
Goût mitigé
Au plan du goût, là, c'est plus mitigé. La garbure (7$) souffre d'anonymat... jusqu'à ce que l'huile de chili vienne débalancer le fragile équilibre. Le gigantesque perogie (7$) est une bonne idée mais cela demeure un plat paysan à la saveur discrète... que l'on a caché sous des oignons, des feuilles de chou de Bruxelles,etc., comme si on craignait de le montrer. Le ventre de porc (7$) répond aux attentes mais le caramel de chili et de lime qui doit l'accompagner est imperceptible.
Les pâtes à la ratatouille (20$) souffrent d'une description très évocatrice sur le menu mais rien n'émerveille en bouche. Cela demeure un plat de pâtes bien fait, sans plus.
Le confit
L'osso bucco (29$), grand classique, sur lit de polenta, est camouflé sous des décorations goûteuses mais largement inutiles puisque la viande l'est déjà amplement. Par chance la sauce se fait discrète: le pain que l'on aurait pu y mouiller, servi avec attention, est industriellement infect.
Le quinoa aux champignons (25$) est nourrissant quoique pas très appétissant.
Il n'y a que le traditionnel confit de canard (28$) qui plaira vraiment, à défaut de surprendre.
À l'heure des desserts, la maison semble enfin trouver son envol. Le «banana split» décomposé (8$) est moderne, amusant, sucré. Le gâteau au fromage (9$) est servi... en boule, garni tout autour d'un crumble de graines de citrouilles (!) et d'un beurre de pommes. Le pouding au caramel (8$), par contre, ressemble trop à un genre de gâteau aux épices bien lourd (?). Mais au moins, c'est différent.
Pour deux personnes, calculez entre 80 et 90$, plus taxes, vins et service.
Renseignements: Café 327, 327, boul. Saint-Laurent, Ottawa, 613-746-6100 ou www.cafe327.com
Cote Jury 14/20 (Cuisine: 7/10, service: 4/6 et décor: 3/4)