La foule était dense, jeudi soir, lors de la soirée d'ouverture du Bluesfest.

Le Bluesfest, 20 ans et toujours cool 

Des files indiennes de piétons à perte de vue, un vent frais venant de la rivière des Outaouais, puis des odeurs de viande grillée. Le mastodonte des festivals d'été a débuté jeudi soir aux plaines LeBreton, en rap, rock et country avec, en haut de l'affiche, Blake Shelton. À ceux qui reprochaient au Bluesfest d'usurper son titre, son actuelle popularité lui octroie désormais tous les droits. Même celui de faire passer en priorité les détenteurs de la carte de crédit partenaire de l'événement...
Une demi-heure d'attente, sinon, pour pénétrer sur les lieux vers 19h, et la promesse d'un bain de foule peu commun à Ottawa. À coup de «Sorry, sorry», une bière à la main, on se fraie un chemin jusqu'à voir un peu plus que la vidéo pixélisée des chanteurs. Même doté d'une nouvelle disposition des deux scènes principales installées à l'opposé l'une de l'autre, le festival reste un véritable casse-tête (casse-pied, en fait) pour circuler. À 20 h, le soleil décline sous une chape nuageuse tandis que les jumelles Tegan et Sara Quin proposent un set posé et poseur. Pas désagréable, mais pas assez incarné pour générer de l'émotion. Propre et net. Sans plus, ni moins. «Le Bluesfest, l'an dernier, était le meilleur concert qu'on ait fait», lance Tegan. Ou Sara. Trop polies pour être crues ? On ira plutôt s'encanailler de l'autre côté du pré, en rejoignant les hordes de chapeaux de cow-boy et bottes de cuir qui trépignent d'impatience à l'idée d'accueillir l'Américain Blake Shelton. «Écoutez bien ce qu'il dit entre les chansons, il est super», conseille un voisin de rangée venu de Rockland.      
La country attitude 
Une heure plus tard, à la nuit tombée, on constate.
Les manches retroussées, le regard ténébreux (qui peut s'adoucir si la chanson le veut), Blake Shelton module son charisme en fonction des éclairages... et des chansons.
Façon vedette télévisuelle - qu'il est, d'ailleurs, pour l'émission américaine The Voice - sur la chanson d'ouverture All about Tonight. Tantôt bon pote, quand il lève son verre pour introduire The More I Drink, parlant ainsi droit au gosier à une assistance sur la même longueur d'onde, tantôt rival masculin quand, sans modestie aucune, il se représente en tombeur irrésistible. Tout aussi capable de jouer les coeurs tendres sur Doin' What She Likes, et la chanson d'après, d'enfiler le rôle du chanteur country qui s'assume pour la non moins délicate Kiss my Country Ass.
«Que la communauté country d'Ottawa se fasse entendre !» lance-t-il à une foule compacte sous le charme. Rien n'est trop beau pour faire monter le son, ni ces oeillades dont il a le secret, ni ses grandes déclarations théâtrales. «I love you too», chantera-t-il en pointant du doigt l'une de ses ferventes admiratrices...
«J'ai du mal à imaginer le nombre de fans de musique country ici, on aurait dû filmer ça, c'est épique!», commente-t-il. Ah, la sacrosainte consécration télévisuelle... 
Le Bluesfest se poursuit vendredi soir avec le groupe Journey et demain soir avec la très attendue Lady Gaga.