Sue Mills et Mélanie Rivet

Larmes enracinées dans une poésie sans frontières

L'amateur de beaux livres éprouve toujours une affection particulière pour les « petits ouvrages intrigants », ces étreintes passagères aux effets profonds et persistants. Dans cette catégorie, Larmes, cycle d'une femme-racine de l'auteure Mélanie Rivet et de la photographe Sue Mills occupe une place à part. Ce livre hybride composé à quatre mains et qui vient de paraître aux éditions Neige-galerie - une toute nouvelle maison d'édition dans la région - emprunte autant à la poésie qu'au cheminement philosophique, à l'illustration photographique qu'à la trame audio.
Joyeusement inclassable, il s'ouvre avec curiosité et nous happe dans un tourbillon de mots et d'images, de couleurs chatoyantes et d'ambiances sonores à télécharger sur le site de l'éditeur. Délicieux vertige que de se laisser surprendre par une proposition littéraire inusitée, et moderne !  
Lorsqu'on interroge l'auteure Mélanie Rivet sur le risque d'égarer le lecteur, d'effrayer éditeurs ou libraires - habituellement friands de classifications - celle-ci rétorque que ce premier ouvrage paru chez Neige-galerie reflète précisément les ambitions de sa maison d'édition : «proposer des ouvrages où les arts visuels et les mots se complètent». 
Entre les jeux d'échos, les mises en abyme, les collages photographiques et les chassés-croisés narratifs parmi textes et images, Larmes ne lésine sur aucun ressort pour amplifier la résonance d'un vers et émoustiller l'imagination de son lecteur. 
«Chaque chapitre dégage une atmosphère particulière», renchérit Mélanie Rivet, qui a choisi de déployer sa plume en quatre saisons, quatre chapitres distincts: «la fin de l'hiver...», «les crues», «le printemps des tisseuses» et «refleurissement». 
À la source du livre, c'est la directrice artistique Valérie Mandia qui a souhaité initier une série de publications intitulée Le Cycle des Mandragores en quatre volets et dont Larmes constitue la première production. «Quatre récits comme les saisons qui, du printemps à l'hiver, rythment le cycle de la naissance à la mort», écrit-elle en préface. L'ouvrage comprend d'ailleurs une traduction anglaise de tous les poèmes dans un feuillet inséré en dernière page.    
Le fil narratif nous entraîne à différents âges d'une figure féminine, variation intime et poétique qui s'emploie à recréer l'essence d'une femme, d'une douleur larvée aux «racines de vie» intérieures avec lesquelles elle finit par renouer.  
«J'ai pensé à ma grand-mère qui, après avoir vécu un deuil, s'est mise à refleurir, à goûter à une certaine liberté, à retrouver le désir et la joie», raconte l'auteure dont l'amour des mots a tracé le parcours professionnel, que ce soit en conte, traduction et journalisme ou sur les scènes de slam où elle se produit régulièrement à Gatineau. 
Mélanie Rivet proposera d'ailleurs une version de Larmes en spectacle dans le cadre du Printemps des Poètes le 23 mars prochain à Québec, prestation accompagnée d'une danseuse. Encore un pas en direction de l'interdisciplinarité.