Lapin blanc, lapin rouge: le théâtre par procuration

Quand le spectacle a été présenté pour la première fois au Canada, à Montréal, son auteur Nassim Soleimanpour n'était pas autorisé à sortir d'Iran. C'était en 2012. Un refus d'effectuer son service militaire - obligatoire dans le pays - lui a coûté le retrait de son passeport.
« Puis j'ai été diagnostiqué d'une maladie de l'oeil. C'est ainsi que j'ai pu quitter l'Iran pour la première fois l'an dernier et voir mon texte sur scène à Brisbane, en Australie », raconte-t-il depuis la Malaisie où sa pièce est actuellement à l'affiche dans deux salles.
Au même moment, le Théâtre du Trillium s'apprête également à la présenter à Ottawa, du 25 février au 1er mars, à l'école De La Salle. La directrice artistique du Trillium, Anne-Marie White, s'est chargée de la distribution locale et seuls 80 spectateurs seront admis par représentation.
Depuis qu'elle a été créée en 2010, Lapin blanc, lapin rouge a voyagé dans le monde entier, traduite dans une douzaine de langues, dont le français, par Paul Lefebvre.
Ingéniosité d'un jeune auteur interdit de sortie de territoire, qui inventa un théâtre par procuration « sans metteur en scène, ni répétition, ni décor », explique l'écrivain de 32 ans.
« Tu n'as pas de passeport ? Tu essaies de trouver une solution, défend-il au bout du fil. C'est un fait, quand on se retrouve dans une situation particulière, on est amené à penser différemment. »
Le Théâtre de Trillium, qui accueille Lapin blanc, lapin rouge dans une distribution chaque soir différente le présente comme un spectacle « où se côtoient le poétique et le politique, dans une forme théâtrale aussi ludique que percutante ». L'auteur développerait-il une manière très particulière, allusive et métaphorique, de parler de la société iranienne ?
« Le sujet ne porte pas directement sur l'Iran, tient-il à souligner. C'est à propos de la situation politique qui nous entoure tous. »
Si le contexte politique actuel de son pays le pousse visiblement à rester prudent, et discret, Nassim Soleimanpour parle sans détour du statut d'artiste à Téhéran.
« Nous faisons face à deux choix, croit-il. Se plaindre et s'en servir sur la scène internationale ou bien ne pas être heureux de certaines choses, comme c'est le cas n'importe où finalement, s'ajuster et pratiquer notre art. »
Par obligation ou nécessité, on ne lui demandera pas de répondre.
Son spectacle s'en chargera certainement pour lui.
L'impro et la politique de Mathieu Fleury
Le conseiller de Rideau-Vanier Mathieu Fleury s'essaiera à l'art dramatique, vendredi prochain à 19 h 30. L'homme politique oscille encore entre curiosité et inquiétude, lui qui n'a plus fait de théâtre depuis ses années d'« improvisation au secondaire ». Et justement, c'est d'improvisation qu'il s'agira sur la scène de l'auditorium de l'école secondaire publique De La Salle puisque les cinq interprètes qui liront le texte de Lapin blanc, lapin rouge en prendront connaissance en même temps que les spectateurs.
« Les organisateurs m'ont averti de ne pas faire de recherches sur Internet », partage Mathieu Fleury, dont l'un des adjoints a tout de même jeté un oeil au monologue « pour être sûr que ce soit correct au niveau politique ».
Traduit en 10 langues, ce solo écrit par l'artiste iranien Nassim Soleimanpour est livré chaque soir par une personnalité différente. Parmi les acteurs invités à Ottawa, comédiens d'un soir, on retrouvera le professeur de l'Université d'Ottawa Sylvain Schryburt, l'animatrice à Unique FM Véronique Soucy, la directrice artistique du Théâtre de l'Île Sylvie Dufour, ainsi que l'auteure et directrice du Regroupement des éditeurs canadiens-français (RÉCF) Catherine Voyer-Léger.
« On nous donne une enveloppe fermée devant la foule, c'est ainsi que la performance débute, explique-t-il. J'ai cru comprendre que le public sera autant impliqué que nous dans le projet, on ne sera pas seuls en scène pendant une heure », se rassure-t-il.
Selon les informations que le conseiller a pu obtenir des organisateurs, « l'événement doit durer approximativement entre 45 minutes et 1h15 », en fonction de la réaction des spectateurs.
Autre volet de cette participation théâtrale : l'opération séduction en matière de communication politique. Mathieu Fleury dit vouloir montrer de lui un visage plus humain, tout en soutenant les activités de la Nouvelle Scène délocalisées à De La Salle en attendant la fin des travaux de reconstruction du théâtre.