Les élus ont aussi dévoilé une plaque commémorative, hier.

Lansdowne avec mes yeux d'enfant

C'était hier soir qu'on procédait à l'inauguration officielle de la Place TD à Lansdowne. Ou comme tout le monde l'appelle: le parc Lansdowne. N'en déplaise aux gens de la TD.
L'autre soir, j'ai demandé à mon fils si lui et sa copine allaient assister à un match du Rouge et Noir d'Ottawa cet été?
(Quel drôle de nom quand même. Le Rouge et Noir. Ça veut dire quoi, au juste? Et comment ce nom est-il représentatif de la Ville d'Ottawa et de ses habitants? Mais ceci étant dit, je préfère le nom «Rouge et Noir» à sa version anglaise, qui est RedBlacks. Misère... Quel manque d'imagination collectif.)
Bon. Où en étais-je? Ah oui. Je demande à mon gars s'il a l'intention d'aller voir le Rouge et Noir cet été. Et il me répond en haussant les épaules: «Pfff... Pourquoi j'irais voir ça?».
Comme si je venais de lui demander s'il allait assister au prochain spectacle de Michel Louvain au Théâtre du casino du Lac-Leamy. (Rien de personnel, chères «Dames en bleu»).
- Parce que c'est le fun d'aller voir un match de football de la Ligue canadienne, lui ai-je répondu. C'est l'ambiance, c'est un happening. C'est un party! Quand j'avais ton âge, j'adorais aller voir un match des Rough Riders d'Ottawa. Mais je m'assurais toujours de réserver un siège dans la section sud du parc Lansdowne.
«Pourquoi la section sud ?», me demande-t-il.
- Parce que c'est là qu'était le party. Du côté nord, c'était des détenteurs de billets de saison. Des gens plus âgés. Des gens qui voulaient s'asseoir dans cette section parce qu'elle était recouverte d'un toit. Donc ils ne se faisaient pas mouiller quand il pleuvait. Et le plaisir malin des «yahoos» du côté sud était de crier à tue-tête: «North side sucks !!».
Mon fils m'a regardé et j'ai vite compris son regard. Il voulait dire: «ouais... ça ne prenait pas grand-chose pour t'amuser, l'vieux».
J'ai toujours aimé aller voir les Rough Riders dans ma jeunesse. Enfant, mon père nous emmenait, mes quatre frères, deux soeurs et moi, à une partie des Rough Riders. Une seule par année. Et c'est le quart-arrière d'Ottawa, la légende Russ Jackson, qui lui remettait gratuitement ces huit billets.
Pourquoi? Parce que Jackson - aussi bizarre soit-il aujourd'hui - était un fumeur invétéré. Et c'est au magasin de mon père, sur le chemin Montréal à Vanier, qu'il s'approvisionnait en cigarettes. J'imagine que ce magasin se trouvait sur son trajet, ou que mon père vendait ses cigarettes à un prix inférieur que celui de ses compétiteurs.
En tout cas, lui et Russ Jackson avaient développé une amitié au fil des ans et on pouvait toujours compter sur le grand quart-arrière pour notre sortie annuelle au parc Lansdowne. Un moment magique.
La Super Ex
Faux. Je me trompe. Ce n'était pas notre seule sortie annuelle au parc Lansdowne. Parce qu'il y avait deux sorties annuelles à cet endroit. La première, c'était pour assister à un match de football. Et la deuxième, c'était pour visiter l'exposition d'Ottawa, rebaptisée plus tard: la Super Ex.
C'était ma sortie préférée de l'été.
La pomme de tire écarlate, la barbe à papa, les innombrables jeux où je ne gagnais jamais le toutou géant que je convoitais, le concours de bûcheron, les spectacles, le bruit, les odeurs, l'ambiance, les manèges.
Malgré que les manèges ne m'attiraient pas. Ils me faisaient un peu peur, pour tout vous dire. Mais j'aimais bien les regarder et surtout regarder le regard horrifié ou emballé des gens lorsqu'ils en descendaient.
J'aimais à peu près tout de la Super Ex. Dommage qu'elle soit disparue. Mais je crois qu'elle avait fait son temps, comme on dit. Avec les parcs d'amusement qui existent aujourd'hui, la Super Ex était devenue démodée et d'une autre époque. C'est comme ça. C'est la vie.
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Je ne sais pas si la Place TD saura recréer cette magie qui existait à l'époque au parc Lansdowne. Je le souhaite. Mais j'en doute.
Oui, l'endroit sera merveilleux. En tout cas, c'est ce qu'on dit. Et quand les joueurs du Rouge et Noir ont mis les pieds dans leur nouvelle «maison» pour la toute première fois, il y a une semaine ou deux, les journaux ont rapporté qu'ils ont poussé un «wow!» collectif en apercevant le stade et le terrain.
J'ai bien hâte de voir ça à mon tour. Mais comme je disais, je doute qu'on puisse recréer la magie d'autrefois.
Pour la simple et unique raison qu'il appartient aujourd'hui à une autre génération.
Et que je ne verrai jamais plus le parc Lansdowne de mes yeux d'enfant.