L'année en santé

UN CHIFFRE : 25 000
En janvier 2013, quelque 25 000 patients de l'Hôpital Montfort ont reçu une lettre les informant qu'une clé USB non cryptée qui contenait des informations à leur sujet avait été perdue deux mois plus tôt. L'établissement avait alors indiqué que la clé USB, égarée par un employé qui souhaitait apporter du travail à la maison, contenait les noms des patients, mais aussi des données sur le type de service reçu, la date du service et le code lié au fournisseur de santé. Le dispositif a finalement été retrouvé par «une personne de la communauté» à la fin mars. «Nous n'avons aucune raison de croire en ce moment que les informations qui s'y trouvaient ont été utilisées par une tierce personne», avait alors déclaré le Dr Bernard Leduc, pdg de l'Hôpital Montfort. Quelques semaines plus tard, en mai, l'établissement annonçait qu'une expertise indépendante avait «permis de constater qu'aucune personne non autorisée n'a accédé aux dossiers des 25 693 patients concernés». Un fichier additionnel a cependant été découvert sur la clé USB; il contenait 2200 nouveaux noms de patients. Dans 130 cas, un numéro d'assurance sociale était aussi inscrit dans le fichier. Dans les mois qui ont suivi la perte de la clé USB, deux firmes d'avocats ont entamé des démarches dans le but de déposer une demande de recours collectif contre l'Hôpital Montfort.
Le Dr Guy Morissette.
UN PERSONNAGE: le Dr Guy Morissette
Fin février. Le Dr Guy Morissette, qui est à la tête de l'Agence de la santé de l'Outaouais depuis six ans, annonce qu'il quittera le bateau à la fin avril afin de retourner à la pratique médicale, principalement auprès des personnes âgées. Dans le bilan de son passage à l'Agence, le Dr Morissette se montre fier des développements découlant de l'obtention d'un statut particulier pour l'Outaouais en 2007. Le Campus santé Outaouais, mis sur pied pour accroître l'offre de formations en santé dans la région, est un élément qu'il laisse en héritage. Il y a également eu des dossiers plus difficiles pour le Dr Morissette, comme celui des primes spéciales retirées aux infirmières de la région. L'opposition des infirmières, puis des élus, avait permis le rétablissement de ces primes. Au cours de son mandat, le Dr Guy Morissette a également été impliqué de près dans les dossiers des nouvelles salles d'urgence de Hull et de Gatineau, de la campagne de vaccination contre la grippe A(H1N1), de l'intégration du Centre hospitalier Pierre-Janet au Centre de santé et de services sociaux de Gatineau (CSSSG) et de la desserte ambulancière dans la région. Après un intérim assuré par Claude Desjardins, c'est désormais Jean Hébert qui occupe la tête de l'Agence de la santé de l'Outaouais.
<p>La question des ambulances a fait couler beaucoup d'encre dans la région en 2013.</p>
UN MOT: ambulance
Dans les années passées, les ambulanciers d'Ottawa venaient à l'occasion prêter main-forte à leurs confrères de la rive québécoise. Le Service paramédic d'Ottawa a toutefois décidé de mettre fin à cette pratique à partir du 1er janvier 2013, ce qui a mis la table pour des relations tendues entre le ministre de la Santé, Réjean Hébert, et les paramédics de la région. Une ambulance supplémentaire a été accordée à la région de façon temporaire pour compenser la fin du support d'Ottawa. Le véhicule d'urgence a toutefois tardé à venir, une situation critiquée par le directeur de la Coopérative des paramédics de l'Outaouais (CPO), Stéphane Parent, et réfutée par le ministre. S'en est suivi un échange musclé à l'Assemblée nationale entre le ministre et la députée de Gatineau, Stéphanie Vallée. En avril, les recommandations attendues du groupe de travail sur les services pré-hospitaliers d'urgence en Outaouais ont jeté une douche d'eau froide sur la CPO et la Fraternité des paramédics de l'Outaouais. L'aide temporaire de 168 heures par semaine a été maintenue pour une période de six mois alors qu'ils s'attendaient à ce qu'une nouvelle ambulance soit livrée de façon permanente. Les ambulanciers de la région ont alors entamé des moyens de pression, réclamant 301 heures de couverture supplémentaire sur le territoire gatinois. L'ajout d'une ambulance et de 168 heures de service a finalement été confirmé en octobre, un investissement annuel de 1,2 million $.
<p>L'Hôpital de Hull a été le théâtre de débats linguistiques en 2013, après qu'un préposé ait invectivé un patient anglophone en fin de vie.</p>
UN LIEU: l'Hôpital de Hull
L'Hôpital de Hull est devenu bien plus qu'un établissement de santé cet automne. Il a également été le théâtre de débats linguistiques après qu'un préposé aux bénéficiares ait invectivé un patient anglophone en fin de vie. Lui demandant de l'aide dans sa langue maternelle, le malade, John Gervais du secteur Aylmer, se serait fait répondre «Parles pas en anglais ici. On est au Québec. Parle-moi en français!» par un employé du CSSSG. L'institution a suspendu avec solde le préposé aux bénéficiaires pendant l'enquête de la commissaire locale aux plaintes, qui a confirmé sa culpabilité. L'employé a reçu des sanctions qui n'ont pas été rendues publiques. Un groupe de défense des anglophones basé à Montréal, le Unity Group, avait annoncé une manifestation devant l'hôpital, quelques jours plus tôt. Malgré les sanctions imposées, ils se sont regroupés pour exiger le renvoi de l'infirmier. La fille de l'homme décédé, enterré le matin même, a participé à la manifestation. Cet événement est devenu la toile de fond d'un débat sur la langue officielle au Québec. Impératif français et son président, Jean-Paul Perrault, sont notamment entrés dans l'arène en critiquant l'utilisation d'un «cas isolé» pour faire de la «propagande anti-francophone».
<p>Un plan de rapatriement des soins consommés en Ontario a été préparé par l'Agence de santé de l'Outaouais.</p>
UNE RÉSOLUTION: recruter et rapatrier
Les soins prodigués en Ontario coûtent cher au gouvernement québécois. Près de 100 millions $ sont remboursés annuellement aux résidents de l'Outaouais par la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ). Dans certains cas, les soins ne sont tout simplement pas offerts dans la région, notamment en gynécologie-obstétrique où la facture s'élève à 3,3 millions $ pour la RAMQ en 2012-2013. L'Agence de la santé de l'Outaouais a déposé un plan de rapatriement qui coûterait plus de 10 millions $. De ce montant, 2,3 millions $ seraient ajoutés aux dépenses de fonctionnement. Une priorité de l'Agence sera également de recruter de nouveaux médecins, notamment des omnipraticiens. L'objectif de l'Agence - voir 70 % des résidents de l'Outaouais avoir un médecin de famille en 2015 - est loin de se réaliser. Pendant ce temps, un médecin d'Ottawa profite de la situation pour inviter spécifiquement les patients québécois à venir à sa clinique. Le manque d'omnipraticiens a également un effet domino sur les autres services hospitaliers de l'Outaouais. Les problèmes d'accès à la première ligne entraînent une surutilisation des services d'urgence.