L'amour décapé par Yves Pelletier et Iris

Yves Pelletier continue de creuser la veine romantico-fantaisiste, et cette tendresse basculant parfois dans l'absurde qui teintait déjà les scénarios de ses films Le baiser du barbu et Les aimants. L'ex-humoriste de Rock et Belles Oreilles cosigne donc ici, en compagnie de l'illustratrice Iris, Le pouvoir de l'amour, une jolie bédé, dont le sous-titre, et autres vaines romances, vient contrebalancer l'apparence gentillette.
Formée à son art à Gatineau, au sein de l'École multidisciplinaire de l'image, Iris (coauteure de L'ostie d'chat, chez Delcourt) illustre avec la même gentille malice ce recueil d'histoires courtes (entre trois et 22 planches chacune) et pas toutes sages, où se côtoient généralement tendresse et cruauté.
Yves Pelletier, à qui l'on doit déjà le scénario de Valentin, chez le même éditeur, La Pastèque, s'en donne à coeur joie, commençant par créer de fausses attentes en ouvrant chaque histoire par une citation de circonstance, bien «ronflante» (signées Saint-Exupéry, Hugo, Marivaux, etc.) ou dérisoires (le chanteur Frédéric François), pour mieux servir ensuite ses histoires d'amour décalées.
Douze façons (ratées) d'aimer
Douze historiettes, parce qu'il existe au moins autant de façons différentes d'aimer. Mais, une fois passées au crible du couple Pelletier-Iris, elles ont la manie de se finir de la même manière: mal, ou vainenement, du moins.
Il y a «la fois où» l'amour d'un instrument de musique s'est mis en travers du couple; «la fois où» le joint fumé dans le lit conjugal n'a pas eu l'effet escompté; «la fois où» le coeur de Geneviève s'est emballé un peu vite pour un grand brun à l'accent exotique; «la fois (tordante) où» la fille célibataire a préféré mettre la photo de son amie, plutôt que la sienne, sur un site de rencontre, et demande à l'amie en question de l'accompagner lors sa première date; «la fois où» Brigitte, mocheté sans domicile fixe, récupérant à son doigt un jonc à 30 000 $, accède à la richesse, mais pas au bonheur affectif.
La bédé comporte son lot de vignettes explicites, Pelletier mettant par exemple en scène une histoire d'adultère, ainsi qu'un ornithologue aux pulsions voyeuristes, ou encore les expérimentations du Dr Savanfou qui veut créer un Frankenstein bisexué en recousant le corps de deux amoureux morts d'un coup de foudre
Pour lecteurs avertis
L'ouvrage s'adresse donc aux adultes consentants, voire avertis, car le tout peut parfois devenir passablement trash. Comme «la fois où» Lyne, partie s'encanailler dans un club échangiste, recevra en pleine gueule une demande en mariage qui lui semble plus visqueuse que tout ce qui a été déposé, ce soir-là, sur son corps, dans une forme de travail à la chaîne.
Le trait de crayon d'Iris, qui sait aller à l'essentiel, aide le scénariste à demeurer dans la zone de l'humour et de la caricature; même durant les parenthèses obscènes, la légèreté prime: on est dans un registre (Claire) Bretécherien ou (Gérard) Lauzieresque, plus loufoque qu'érotique.
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Le pouvoir de l'amour, Yves Pelletier et Iris, La Pastèque, 144 pages
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