Marie-Thérèse Fortin a rejoint la distribution de L'homme atlantique dès le début.

L'Amant lu par Marie-Thérèse Fortin

Actrice de premier plan, Marie-Thérèse Fortin a rejoint la distribution de L'homme atlantique dès le début. C'est grâce à elle, et sur sa suggestion, que Christian Lapointe s'est penché sur l'univers durassien. Elle dirigeait alors le Théâtre d'Aujourd'hui, où le metteur en scène effectuait une résidence d'artiste.
Active sur plusieurs fronts, l'interprète de Claire Hamelin, la radio-oncologue de Mémoires vives, à ICI Radio-Canada Télé, aura aussi passé 15 années à diriger des théâtres, à Québec et à Montréal. Parallèlement aux représentations à l'affiche du CNA, elle proposera une lecture publique de L'Amant, sous forme d'extraits choisis à découvrir mardi à 19 h 30 à l'Espace René-Provost. Un exercice de haute voltige, d'une heure environ, gratuit et ouvert à tous.
Seule en scène
Paroles suspendues, réponses réfléchies .Il y a beaucoup de silences dans le discours de Marie-Thérèse Fortin, comme si le sujet à évoquer relevait de la matière littéraire à haute combustion, dense et sensible à la fois.
Seule en scène, l'interprète prendra en charge l'un des plus grands classiques de la littérature du XXe siècle, prix Goncourt il y a 30 ans précisément.
« Je connaissais Duras pas son cinéma, se remémore l'actrice. À son sujet, je reste toutefois très partagée, elle m'agace et m'envoûte à la fois. Mais quelle écriture, tout de même, quelle liberté d'oser aller au bout de son art ! »
Il faut revoir Marguerite Duras s'emparer de ses propres textes, les lire lentement, presque pesamment, comme pour s'assurer que chaque phrase tienne bien en place et que le mot le plus simple, le plus commun, demeure irréductible à tout autre.
Puis il y eut les pâles imitations qui décolorèrent sa plume, succédanées « languides et monocordes » renchérit l'actrice, qui a plutôt choisi de s'en tenir à une interprétation sobre « pour faire entendre ce récit que certains découvriront pour la première fois, en rendant plus vivante cette femme qui s'adresse aux spectateurs ».
Duras sans détour
Roman aux accents autobiographiques, L'Amant fait le récit de l'enfance et de l'adolescence de Marguerite Duras dans lequel elle relate notamment sa première rencontre amoureuse, lors d'un séjour en Indochine, avec un riche Chinois deux fois plus âgé qu'elle. D'autres sujets se mélangent, les relations difficiles entre la jeune fille et sa mère notamment, avec son frère aîné aussi, favori de la famille.
« C'est une histoire d'amour passionnelle, et en même temps, la tentative d'affranchissement d'une femme qui veut écrire », résume Marie-Thérèse Fortin.
Le roman caracolera en tête des ventes avant même l'obtention du prix Goncourt et c'est la première fois véritablement que Duras rencontre un succès populaire. Plus tard, elle avouera à l'écrivain Jean-Pierre Ceton : « On n'est personne dans la vie vécue, on est quelqu'un dans les livres. Et plus on est quelqu'un dans les livres, moins on l'est dans la vie vécue. »
Ainsi parle Marguertie Duras : net, dur parfois, sans jamais de complaisance. En commentaires, aussi, citations venues de ses proches et relayées abondamment dans ses biographies (voir suggestions ci-bas), on parcourt ces phrases qui donnent une certaine idée de son génie.
« Elle a un style unique, un rapport à la lucidité, à la vie intérieure et extérieure qui sonde ce mystère-là de façon profonde, analyse Marie-Thérèse Fortin. Comme l'ont fait Gabrielle Roy et Marguerite Yourcenar entre autres .»
Et quand on lui demande quelle image de Duras elle gardera d'entre mille, l'actrice n'hésite pas une seconde : « Une tête, des grosses lunettes, et un col roulé, assurément .» Elle rit. C'est ainsi qu'elle s'est vêtue aujourd'hui.