Avec Casse-tête chinois, le réalisateur Cédric Klapisch mettra-t-il un terme à cette triologie entamée avec L'Auberge espagnole?

La vie en trois temps de Cédric Klapish

Avec Casse-tête chinois, le réalisateur Cédric Klapisch met un point, mais pas final, ou plutôt trois points de suspension, à sa trilogie entamée avec L'Auberge espagnole.
« Le cinéma est un très bon moyen pour étudier le destin, et pour observer des problèmes à la fois intimes et générationnels », avance le cinéaste français, séduit par l'idée de raconter « le temps qui passe » en faisant évoluer ses protagonistes, évidemment campés par les mêmes comédiens, qui vieillissent au même rythme.
Dans ce Casse-tête, on retrouve quatre des principaux colocataires rencontrés à L'Auberge lorsqu'ils étaient âgés de 25 ans. Des personnages qu'on avait retrouvés dans la trentaine, dans Les Poupées russes, et qui traversent à présent le cap de la quarantaine, avec leurs bagages et leurs enfants.
En faisant des bonds dans le temps, « on voit ce qu'ils ont conservé d'eux-mêmes, et ce qu'ils ont oublié en chemin ; certaines personnes ne sont plus là, parce que la vie, c'est ça ; il y a des choses qu'on quitte et des choses qu'on garde. »
Le premier chapitre de ce triptyque était « barcelonais », mais profondément européen ; le deuxième, Les poupées russes, se situait « aux frontières de la communauté européenne » ; le dernier volet se voulait mondial, explique au téléphone Cédric Klapisch, qui a d'abord songé à la Chine comme théâtre des opérations, avant de se rabattre sur New York, ville cosmopolite qui représente à ses yeux « le vrai village global », et son Chinatown, parce « que c'est encore plus intéressant, puisqu'on parle de mondialisation ».
La Grosse Pomme fut d'ailleurs le vrai point de départ de toute cette aventure cinématographique, puisque c'est là que le réalisateur s'était installé en tant qu'étudiant, dans le cadre du programme Erasmus.
L'éclatement géographique de la trilogie lui permettait d'explorer « toutes ces choses - Internet, la mobilité des gens - qui, en changeant nos vies, changent notre façon de nous comporter avec les autres, changent l'amour. »
« L'envie d'offrir un quatrième volet est là, mais je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée », prévient-il quand on lui demande s'il abordera la crise de la cinquantaine dans une décennie. « Plus ça va, plus ils deviennent difficiles à faire », glisse le réalisateur français, en mentionnant tant les défis au moment de l'écriture des scénarios, que certaines contraintes formelles qu'il s'impose pour renouveler et actualiser les choses.
« Si j'ai une idée intéressante, dans 10 ans, ça vaudra le coup de le faire... par principe. »
Tout dépendra du désir - « le mien et celui des acteurs », souffle-t-il, en partageant l'inquiétude constante « d'épuiser l'intérêt du sujet » ou de trop « tirer sur les mêmes ficelles ». « J'ai eu très peur, parce qu'au cinéma, le chiffre 3, en général, c'est mauvais signe... Mais j'ai l'impression d'avoir échappé à ce problème-là dans ce troisième épisode ». 
Dans l'engouement actuel du grand public pour les séries télé, Cédric Klapisch croit observer, « un nouveau goût pour la fiction, et précisément pour la "suite", qui permet plus de complexité dans les intrigues et les personnages ».
Depuis la période de l'Après-guerre, « on était beaucoup dans la déconstruction, comme si on avait à l'esprit le fait que les choses s'arrêtent d'un coup ». Le cinéma continue d'imposer des formats de récit réduits à deux heures, alors qu'aujourd'hui, « on veut de la durée », suggère-t-il. « Dans ces trois films-là, il y a la notion de laisser le temps faire du travail. »