La vertu

Pas besoin d'être un grand devin pour comprendre que la Ville de Maniwaki n'est pas au bout de ses peines dans le dossier du Château Logue.
Toute cette affaire se dirige en droite ligne vers les tribunaux.
La lettre de blâme sans équivoque qu'a fait parvenir vendredi dernier le ministère des Affaires municipales (MAMROT) au maire Robert Coulombe et à ses collègues du conseil vient confirmer qu'il y avait bel et bien anguille sous roche dans la gestion de ce dossier.
Pour l'instant, cette lettre de blâme, aussi sévère soit-elle, n'est qu'une tape sur les doigts. Mais Québec laisse entendre que les choses iront beaucoup plus loin. Et qu'un juge, éventuellement, sera appelé à trancher si les décisions prises par Maniwaki dans ce dossier sont légales ou non.
Québec réfléchit aussi à la possibilité de transférer les informations recueilles dans le cadre de son enquête aux «instances appropriées». Il ne précise pas lesquelles.
Mais on pense tout de suite à l'Unité permanente anticorruption (UPAC) qui a perquisitionné les bureaux de l'hôtel de ville de Maniwaki l'été dernier et qui a ouvert sa propre enquête dans la foulée des vérifications du ministère.
Tout ça n'est donc qu'un début.
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À mesure que LeDroit mettait toute l'affaire au grand jour, le maire de Maniwaki, Robert Coulombe, a toujours prétendu qu'il n'avait rien à se reprocher. Il a même applaudi quand le ministère a décidé d'ouvrir son enquête, espérant qu'elle contribuerait à «rassurer les citoyens». De son côté, l'homme d'affaires Michel Lacroix, président du Centre Château Logue, accusait les médias de véhiculer des faussetés.
Or le MAMROT vient confirmer l'exactitude des informations obtenues par LeDroit. Et ce qu'on apprend depuis hier n'est guère rassurant, n'en déplaise à M. Coulombe.
Ce que l'enquête du MAMROT vient nous dire, c'est que Maniwaki aurait enfreint la loi provinciale en aidant financièrement une entreprise. Remarquez, le MAMROT est très prudent dans ces conclusions. Il avance que les décisions de la Ville pourraient «constituer une forme d'aide interdite» et que ce sera à un juge de trancher.
Les experts du MAMROT jugent que Maniwaki est allée trop loin dans les allégements consentis au Centre Château Logue quant aux termes financiers prévus dans l'entente d'origine. Ils n'avalent pas que Maniwaki ait renoncé à une somme d'environ 500000$ «sans autre justification que d'octroyer une aide à l'entreprise».
Et là, on touche au noeud de l'affaire.
La loi québécoise est claire, une ville ne peut venir en aide, directement ou indirectement à une entreprise commerciale. Le maire de Maniwaki n'est pas sans l'ignorer, lui qui gravite dans le monde municipal depuis 20 ans et qui a présidé l'Union des municipalités du Québec.
Hier, le maire Coulombe se défendait en disant que Maniwaki n'avait pas le choix de négocier avec le Centre Château Logue. Il prétend que le centre récréotouristique se dirigeait tout droit vers la faillite si la Ville ne lui avait pas consenti des allégements. Et qu'au final, Maniwaki risquait de perdre les sommes qui lui sont toujours dues en taxes impayées, soit environ 700000$.
Le problème, c'est que M. Coulombe joue sur les mots en prétendant que l'aide de la Ville ne vise pas à aider une entreprise, mais à préserver 40 emplois. C'est se cacher sous le couvert de la vertu pour justifier un contournement de la loi. À l'extrême, ce genre de raisonnement donne ce qu'on a vu la semaine dernière à la commission Charbonneau. Rambo Gauthier aussi se cachait derrière la vertu pour justifier ses interventions musclées sur les chantiers de la Côte-Nord.
Or la loi n'existe pas pour rien. Si les villes ne peuvent aider les entreprises en difficulté, c'est pour éviter toute forme de favoritisme. Je ne dis pas que c'est le cas à Maniwaki, même si la proximité des liens entre la Ville et l'homme d'affaires Michel Lacroix laisse songeurs. Le ministère s'inquiète d'ailleurs de ce que des entreprises liées à M. Lacroix ont obtenu le mandat de vérifier les états financiers de la municipalité.
Si Maniwaki voulait aider une entreprise en difficulté, elle devait emprunter des moyens légaux. C'est plus long, mais c'est possible. On le voit ces jours-ci à Gatineau avec tous ces efforts pour relancer le train à vapeur Hull-Chelsea-Wakefield.