Le cabinet de M. Bolduc a indiqué qu'il souhaite notamment savoir s'il doit rembourser des primes, qui ont totalisé 215 000 $, pour certains des 1500 patients qu'il aurait pris en charge pour une période plus brève que les 12 mois exigés minimalement par la RAMQ.

La triple assiettée du docteur Bolduc

Lucien Bouchard a créé un précédent, en 1996, en renonçant à sa pension fédérale de 33 000 $ pendant qu'il était premier ministre du Québec.
La «double assiettée» - ou double dipping, à Ottawa -, à laquelle M. Bouchard avait pourtant droit, était à ce point mal perçue en période d'austérité budgétaire, que le gouvernement a établi ensuite de nouvelles règles touchant les retraités de l'État. On a interdit aux gens comme les ex-députés, policiers, cadres ou hauts fonctionnaires, de toucher une pleine pension tout en recevant un salaire de l'État. Les règles établies n'ont jamais été totalement étanches, mais le principe était établi.
Voilà pourquoi la prime de 215 000 $ versée au ministre Yves Bolduc, pour accepter 1500 patients lorsqu'il était député d'opposition, porte à controverse. La prime s'ajoutait à son salaire de député ainsi qu'à celui de médecin omnipraticien, pour un grand total approximatif de 450 000 $.
Le fait que le docteur Bolduc ait respecté les règles alors en vigueur n'atténue en rien le malaise créé par une telle situation. Les incitatifs salariaux qu'il avait lui même créés lorsqu'il était ministre de la Santé, visaient à trouver des médecins de famille à un plus grand nombre de Québécois. Or M. Bolduc n'a pas vraiment comblé ce besoin. Sa décision de rester en politique a fait que les 1500 patients pour lesquels il a obtenu une prime, se sont retrouvés sans médecin de famille 19 mois plus tard.
Comme la plupart des gens qui ont profité de tels bonus, primes au rendement ou primes de départ exorbitantes, M. Bolduc a fait valoir qu'il y avait droit.
Techniquement, c'est vrai. Mais moralement ce ne l'est pas.
Le cas Golbloom
Exemple: mercredi, M. Bolduc a déploré un aspect du contrat liant l'Université Bishop à son recteur, Michael Goldbloom. En vertu de ce contrat, Bishop verse un per diem de 250 $ à Goldbloom à chaque fois qu'il va à Montréal, son lieu de résidence, pour affaires.
«Ce type de condition ne sera pas acceptable pour nous», a dit le ministre. Pourtant ce montant est versé en lieu et place de frais d'hôtels, de stationnement, de repas et de taxis.
M. Goldbloom aussi respecte la loi. Il a parfaitement droit aux montants qui lui ont été consentis par contrat. On voit mal comment M. Bolduc peut s'en scandaliser, tout en considérant sa situation personnelle plus acceptable.
Le respect de la loi est une chose; le respect des deniers publics en est une autre. La situation du ministre montre d'une part que cet incitatif créé pour améliorer l'accès aux médecins de famille, a été mal conçu. Mais elle illustre aussi, et une fois de plus, à quel point les décideurs s'empressent de passer à la caisse lorsqu'ils ont l'occasion de le faire, sans s'inquiéter du cynisme que leur comportement crée chez les contribuables.
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