La tribune de l'officier

L'événement a été qualifié d'«historique» par l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario. Historique, parce que c'est le premier rapport déposé par le commissaire aux services en français de l'Ontario, François Boileau, à titre d'officier de l'Assemblée législative, depuis le 1er janvier dernier, pour conseiller les parlementaires et leur proposer des recommandations sur l'application de la Loi sur les services en français.
Transformateur? Pas encore, car il reste encore du travail pour que le commissaire ait en main tous les outils pour que la prestation des services en français soit à la hauteur des attentes et des besoins de la communauté franco-ontarienne.
Comme son collègue, l'ombudsman André Marin, François Boileau est un excellent communicateur. Il sait faire passer ses messages, utiliser efficacement les moyens à sa disposition, dont les médias sociaux, et profiter de toutes les tribunes pour faire sentir sa présence sur la place publique.
Du dernier rapport du commissaire Boileau, on retiendra surtout son désir de dialoguer avec ses «107 nouveaux patrons», les députés à Queen's Park, par la mise en place «d'un Comité permanent sur les services en français pour traiter des questions liées au bien-être et à l'épanouissement de la communauté francophone». Bienvenue, cette recommandation relève davantage de la gouvernance et de l'arène politique que des outils de suivi aux recommandations et préoccupations du commissaire. L'initiative serait donc intéressante dans la mesure où elle devient une véritable tribune, si elle peut déboucher sur des changements réels et maintenir la pression des résultats sur l'Office des affaires francophones, sous la responsabilité de la ministre Madeleine Meilleur.
Or, sans se heurter de plein fouet et au-delà des formules d'usage, le commissaire Boileau juge «nettement insatisfaisante» la réponse du gouvernement aux recommandations formulées dans son dernier rapport. Il recommandait alors à la ministre de «développer un plan d'action afin de s'assurer que les populations précarisées aient un accès réel aux services en français dont elles ont besoin». Selon lui, le gouvernement se contente du statu quo car «ç'a l'air de bien aller» (sic).
Il va encore plus loin en souhaitant que la ministre Meilleur «en fasse davantage pour échanger avec la population sur les plans d'actions du gouvernement et sa vision en matière de prestation de services en français». Il en profite pour souligner que le fait que Madeleine Meilleur, à titre de procureure générale, aurait une opportunité en or pour mettre en oeuvre, de façon «absolument prioritaire», les recommandations du rapport Rouleau-Levay, de juin 2012, sur l'accès à la justice en français par une approche globale dans une région donnée. Bon point!
En outre, le commissaire Boileau cible le ministre de l'Immigration pour former un groupe d'experts qui élaboreront un «plan stratégique pangouvernemental» pour atteindre la cible de 5% d'immigration francophone. C'est, comme dans bien des cas du genre, une solution qui relève davantage de l'exercice bureaucratique aux résultats encore hypothétiques.
Le commissaire maintient la pression dans le dossier des études postsecondaires en français dans le centre-sud-ouest. Tout en reconnaissant les efforts du gouvernement, il regrette que des réponses concrètes tardent à venir. Son rapport, intitulé Pas d'avenir sans accès, a été publié en juin 2012. Au début de 2013, un comité d'experts a publié le rapport Bâtir l'avenir, dont les recommandations s'arrimaient à celles du commissaire. On voulait alors créer une nouvelle structure pour déterminer tant les besoins que la livraison de services et de programmes dans le centre-sud-ouest. Cette recommandation avait été réitérée dans le discours du Trône de 2013. Beaucoup de vent, pas encore assez de voile.
C'est pourquoi les Franco-Ontariens ont besoin que François Boileau utilise avec efficacité sa tribune de choix à titre d'officier de l'Assemblée législative. Il le fait bien et doit continuer de marteler son message. Un comité permanent serait sans doute cet «interlocuteur actif et engagé» qu'il réclame et qui ferait partie de son arsenal politique pour «bâtir l'avenir».