La traite de personnes, un marché lucratif

La traite de personnes rapporte plus de 25 millions $ par année à ceux qui s'y adonnent à Ottawa, selon une étude actuellement menée par un organisme venant en aide aux victimes de ce très lucratif marché.
«Et ces chiffres sont très conservateurs», assure Elise Wohlbold, une des deux chercheuses du projet imPACT. Bien que les conclusions de ses recherches seront dévoilées dans leur ensemble en mai prochain, les résultats préliminaires impressionnent déjà.
L'organisme Personnes en action contre la traite des personnes d'Ottawa (PACT-Ottawa) étudie le phénomène des deux côtés de la médaille: auprès des filles et de leurs clients.
La traite de personnes n'est pas que l'affaire de l'Europe de l'Est ou de l'Asie. Au moins 90% des victimes de traite de personnes à Ottawa et à Gatineau sont des Canadiennes. S'il s'agit d'exploitation sexuelle, dans la majorité des cas, la traite de personnes peut aussi signifier du travail forcé. Au moins un cas impliquant toute une famille transformée en esclaves a déjà été observé dans la capitale, précise Mme Wohlbold.
Dans le cas des traites de personne à caractère sexuel, les proxénètes s'enrichissent considérablement au profit de filles et de femmes brisées par la menace et la violence. «Ces filles ne reçoivent rien. Elles ne touchent pas à l'argent», rappelle-t-elle.
Des chiffres troublants
Les statistiques obtenues par LeDroit sont troublantes. «Soyons conservateurs, analyse Mme Wohlbold. À 500$ la nuit, multiplié par sept jours (les filles n'ont pas de congé), on obtient un total de 3500$. En une année, c'est 182 000$. Un proxénète avec trois filles, c'est 547 500$. Les revenus atteignent 25,9 millions, considérant les 142 victimes répertoriées à Ottawa et à Gatineau.»
Cette évaluation peut facilement être revue à la hausse, puisque les prix varient et que bien des victimes restent dans l'ombre.
Les coûts sociaux reliés à ce phénomène sont énormes. Seulement que pour les villes de Gatineau et d'Ottawa, PACT-Ottawa les évalue à 220 millions $. Les services de police, les psychologues, les psychiatres, le personnel aidant dans les centres hospitaliers, les travailleurs sociaux, les refuges pour femmes victimes de violence, et les refuges pour itinérants - pour ne nommer que ceux-ci - consacrent beaucoup d'énergies à aider les victimes et à les écarter de leur souteneur. «L'emprise physique et psychologique est énorme.»
L'organisme veut présenter le fruit de sa recherche et faire des recommandations aux autorités municipales en mai prochain, dans l'espoir de créer une meilleure synergie entre les groupes sociaux et les élus. «Le problème est bien réel, et pourtant, le public le connaît très mal ou pas du tout.»
À Ottawa et à Gatineau, 57 salons de massages illicites ont été répertoriés ces derniers mois. Ces salons cachent des activités de prostitution, et abritent des femmes transformées en biens de consommation, parfois arrachées à leur milieu. «On entend des filles qui travaillent douze heures par jour, et qui ne touchent que 10 à 15$ de pourboire, sans aucun salaire.»
Tout commence entre 13 et 16 ans, notent les organismes de lutte à la traite de personne de la capitale. PACT a recensé un seul cas masculin. Les trafiquants ont de 16 à 28 ans en moyenne. «Des femmes peuvent aussi se faire trafiquantes.»
Mme Wohlbold faisait partie des panélistes invités jeudi par des étudiants de droit civil de l'Université d'Ottawa et leur journal, Flagrant Délit, pour une conférence sur la traite de personnes.