La tournée sportive des grands ducs

Ne connaissant pas de restaurant McDonald's dans le coin qui a une télévision sur ses murs, comme on en voit dans leurs publicités olympiques, c'est vers une bonne vieille brasserie que je me suis tourné vendredi pour regarder le match Canada-États-Unis en bonne compagnie.
Arrivé trop tard pour obtenir une place au bar de la Cage aux sports de Gatineau, où il y avait foule, c'est au P'tit Canot de la rue Main que j'ai regardé une bonne partie du match.
Il y avait moins de monde, à peine une vingtaine de personnes, mais il s'agissait de vrais connaisseurs de hockey.
Un groupe de joueurs de la division 55 et plus de la Ligue des Pro(f)s de l'Outaouais s'était donné rendez-vous à cet endroit pour se tirer la pipe entre eux, tout en admirant les prouesses de Crosby et compagnie.
Attablés devant la principale télévision haute définition de la place, ils sirotent leur bière tout en passant des commentaires quand il y a de l'action.
«Tout un arrêt de Price», lance Pierre Lemire, le père de l'ancien capitaine des Olympiques Bruno, dans les premiers instants du match lorsque le gardien du Canadien sort la mitaine pour empêcher les Américains d'ouvrir la marque.
Après un premier entracte où tout le monde écoute religieusement Don Cherry (sauf ceux qui sont sortis fumer ou qui ont pris le chemin du petit coin), il ne faut pas se surprendre que, comme la «Cerise», les gars crient «Frappe le net» quand un joueur du Canada rate la cible au deuxième engagement.
Mon voisin de table, Jacques Roy, demande si Martin St-Louis joue aujourd'hui. «Oui, répond Gerry Barnes, le pince-sans-rire du groupe. Il est habillé, quelqu'un lui a donné un hot-dog (sur le banc) tantôt.»
Il n'y a pas à dire, ces gars-là suivent le match attentivement, houblon ou pas. St-Louis n'a effectivement pas fait une seule présence sur la glace vendredi, tout comme Dan Hamhuis, mais comment peut-on critiquer Mike Babcock pour de telles décisions quand son club est toujours invaincu et qu'il jouera pour l'or demain?
Quand Jamie Benn a réussi l'unique filet de la rencontre, en faisant dévier habilement le tir/passe de Jay Bouwmeester, tout le monde a sauté, évidemment.
C'était pareil quand la sirène a retenti à la Loge du Complexe Branchaud-Brière, où je suis allé regarder la troisième période. Difficile de demander mieux comme endroit pour regarder du hockey, avec une douzaine de télévisions HD stratégiquement placées. Il y en a même dans les couloirs adjacents à la patinoire principale, pour les parents qui devaient rester dans les gradins à encourager leur progéniture participant au tournoi bantam Royal-Brassard. Quand mes jeunes jouaient au hockey mineur, j'en ai raté des «gros» matches du genre et il n'y avait pas moyen de suivre le tout dans les gradins ou sur son téléphone.
On m'a rapporté que de nombreux restaurants et bars d'Ottawa étaient pleins eux aussi vendredi alors que le pays a été paralysé pendant ces 60 minutes de jeu. Pas surprenant. Ceux-ci vont rater une belle occasion d'être à nouveau des lieux de rassemblements pour amateurs de hockey demain matin alors que le match de la médaille d'or est à 7h, la Ville d'Ottawa n'ayant pas demandé à la Commission des alcools et des jeux de l'Ontario de permettre l'ouverture prématurée des pubs et restaurants pour la vente d'alcool, contrairement à Toronto.
Ce n'est pas tout le monde qui aime prendre une bière dès 7h du matin, mais au moins, chers amis d'Ottawa, sachez que vous aurez cette possibilité de l'autre côté de la rivière. La Cage aux sports, par exemple, sera ouverte exceptionnellement pour le déjeuner. Moi, après ma petite tournée de vendredi, je pense que je vais regarder ça dans le confort de mon salon, en robe de chambre.