La santé publique s'inquiète des problèmes associés aux jeux en ligne

Plus de 100 000 Québécois pourraient éprouver des problèmes associés aux jeux d'argent en ligne, selon des projections avancées par les directeurs de la santé publique des 18 régions du Québec.
Ces directeurs ont rencontré la presse, jeudi à Montréal, pour demander au gouvernement d'adopter un moratoire d'un an sur le développement de jeux d'argent en ligne par Loto-Québec, le temps de mieux en étudier les répercussions sociales.
Loto-Québec a déjà annoncé qu'il se lancerait dans les jeux d'argent et de hasard en ligne dès le mois de septembre, avec l'aval du ministre des Finances.
«Comme médecins, on est préoccupés. On a déjà assez de problèmes comme ça; on n'a pas besoin d'une société d'Etat qui nous en crée d'autres», a protesté le Dr Richard Lessard, directeur de la prévention et de santé publique de Montréal.
En faisant des projections à partir de ce qui s'est produit en Suède, où le jeu en ligne a aussi été étatisé, il y a  10 ans, les directeurs de la santé publique soutiennent que 105 907 Québécois pourraient éventuellement éprouver des problèmes associés aux jeux d'argent.
Ils définissent cependant largement ces gens qui pourraient éprouver des problèmes, incluant non seulement ceux qui deviennent des joueurs pathologiques, mais aussi ceux qui sont vulnérables, «à risque».
«En créant un jeu légal et sécuritaire, ça va attirer des gens qui ne jouaient pas» avant, a avancé le Dr Lessard.
«Le jeu en ligne est une forme de jeu qui a des conséquences particulières et qui représente une des formes les plus addictives du jeu. C'est le jeu de hasard et d'argent qui crée le plus de problèmes chez ses participants. Lorsqu'on regarde pour le poker en ligne, des études démontrent que ceux qui jouent au poker en ligne sont trois à quatre fois plus à risque d'être joueur compulsif que ceux qui jouent au poker autour d'une table, avec des personnes», a souligné François Desbiens, directeur de santé publique de la Capitale-Nationale.
En plus d'un moratoire d'un an, les directeurs de la santé publique demande la mise sur pied d'un comité d'experts indépendants pour étudier au préalable les répercussions de l'augmentation de l'offre de jeu.
Ils demandent également des études scientifiques aussi indépendantes sur l'efficacité des dispositifs envisagés par Loto-Québec pour empêcher les jeunes de participer à ces jeux en ligne.
Réactions
Loto-Québec a fait ses commentaires avant même que les directeurs de santé publique ne rencontrent la presse. La société d'Etat met en doute les données scientifiques sur lesquelles se basent les directeurs pour exprimer leurs craintes.
Loto-Québec dit regretter le ton trop alarmiste des directeurs de la santé publique. «Quoi que disent les directeurs régionaux de la santé publique, il faut rappeler que les Québécois ont actuellement accès à plus de 2000 sites de jeu en ligne illégaux, non réglementés et dont l'intégrité est souvent douteuse; il s'agit pour Loto-Québec de canaliser cette offre de jeu dans un circuit contrôlé, dans un environnement sécuritaire dont l'intégrité serait irréprochable», affirme Loto-Québec dans son communiqué.
Le ministre des Finances Raymond Bachand, quant à lui, a simplement vu dans la sortie des directeurs de la santé publique l'expression de ceux qui font leur travail, à savoir «amener sur la table des risques au niveau de la santé publique».
Le ministre Bachand a toutefois rappelé qu'à l'heure actuelle, le jeu en ligne existait, augmentait même, et n'était pas contrôlé. Avec Loto-Québec, a-t-il plaidé, ce sera «canalisé et contrôlé» et cela permettra de «déplacer le crime organisé».
Il a aussi rappelé que «moins de 1 pour cent des  joueurs» éprouvaient des problèmes de jeu pathologique.
De son côté, l'Association des centres de réadaptation en dépendance du Québec affirme que l'accessibilité plus grande des jeux et l'augmentation du risque de jeu pathologique vont de pair. Sa directrice générale, Lisa Massicotte, souhaite que les milieux d'intervention et de recherche puissent se prononcer sur le projet de Loto-Québec avant qu'il ne prenne forme, et ce dans le cadre d'une consultation publique.