Dans Leviathan, Kolia emprunte une spirale descendante et vit un calvaire où il est confronté aux limites de son libre arbitre, mais aussi à la trahison de ses proches.

La Russie cul sec

Le film s'ouvre sur l'immensité de la mer, le bruit des vagues, pour se refermer sur les vestiges d'une baleine échouée. Entre les deux, Leviathan d'Andreï Zviaguintsev raconte l'effritement d'une famille russe dont le destin ballottera de petites combines en grandes trahisons subies.
Kolia, un honnête garagiste, a construit de ses mains sa maison dans un village surplombant la mer de Barents, dans le nord de la Russie. Il y vit avec sa nouvelle compagne, Lilya et son jeune fils, Romka. Les orchidées de la cuisine ont vue sur le large. Mais voilà qu'un jour, le maire corrompu de la ville décide de récupérer leur terrain, de tout raser pour y bâtir ses projets immobiliers. La famille résiste d'abord, se bat ensuite en justice avec l'aide d'un avocat venu de Moscou, mais l'affaire s'envenime.
Le scénario - récompensé l'an dernier à Cannes - ne laisse aucun répit à ces infortunés de la corruption municipale russe. Sauf, peut-être, lors d'une scène de pique-nique en pleine nature où la vodka coule à flots et les armes, sorties des placards, servent à tirer sur les têtes symbolisées d'anciens dirigeants soviétiques. L'irréparable survient alors, qui ne fera qu'accélérer la déchéance des protagonistes.
Le récit colle au chemin de croix laïc que subira son héros, à celui de ses proches, aussi peu épargnés que lui, et au combat que se livrent en vain ces honnêtes âmes filmées en victimes innocentes, traquées par la loi d'un pays sans foi. L'image est méticuleusement pensée, les cadrages astucieux, les silences impérieux. Un mélodrame magnétique dans une Russie qui ne semble pas avoir bougé depuis des siècles. Superbe.
Au générique
Cote : ****
Titre : Léviathan
Réalisateur : Andreï Zviagintsev
Acteurs : Aleksey Serebryakov, Elena Lyadova
Projections
Cinéma 9, salle 3, 20 mars 21 h
Aylmer, salle 4, 21 mars 15 h