La renaissance de Lansdowne

Le 28 novembre 1976 restera à jamais marqué dans l'histoire sportive d'Ottawa. Ce jour-là, à Toronto, le quart-arrière des Rough Riders, Tom Clements, a lancé une passe de touché à l'ailier rapproché Tony Gabriel dans les derniers instants du match, permettant ainsi aux Rough Riders de remporter la Coupe Grey, leur dernière, aux dépens des Roughriders de la Saskatchewan. Ce célèbre attrapé soulignait alors deux décennies de succès pour les Riders menés par les Russ Jackson, Whit Tucker, Ron Stewart et Moe Racine.
Une éternité nous sépare de cet exploit. Entre-temps, les Rough Riders ont cessé d'exister en 1996 après des années de vaches maigres. Une nouvelle équipe de football, les Renegades, a vu le jour en 2002 mais elle s'est fait remarquer davantage par son incurie que par ses résultats sur le terrain. En 2010, la SuperEx, une institution qui ponctuait la fin des vacances, a cessé ses activités au parc Lansdowne.
Vendredi soir, le Rouge et Noir se mesurera aux Argonauts de Toronto dans un stade transformé, la Place TD, au milieu d'un parc Lansdowne repensé et redéveloppé en espace récréatif, sportif, commercial et résidentiel adjacent au canal Rideau. En 2008, un groupe de gens d'affaires, l'Ottawa Sports and Entertainement Group (OSEG), s'est vu octroyer une nouvelle franchise de la Ligue canadienne de football (LCF), à condition d'emménager dans un nouveau stade.
La partie de vendredi est l'aboutissement d'un vaste projet de développement urbain, évalué à près de 300 millions $, et qui va bien au-delà des propriétés sportives qui y sont rattachées, le Rouge et Noir de la LCF, le Fury FC de la North American Soccer League et les 67's de la Ligue de hockey junior de l'Ontario. La Ville d'Ottawa y a investi plus de 170 millions $ de fonds publics.
Tous ces beaux plans se sont heurtés à l'opposition farouche des résidents des quartiers avoisinants. Ils ont tenté de stopper, altérer ou ralentir la réalisation du Plan de partenariat du parc Lansdowne en utilisant, presqu'à outrance, tous les outils juridiques à leur disposition.
Car il faut bien distinguer dans ce projet ce qui relève du développement urbain de l'opération de propriétés sportives dans cet espace public inestimable. À notre avis, il y a beaucoup plus de gagnants que de perdants dans une revitalisation de cette envergure. Bien sûr, rien n'est parfait. Il est difficile de plaire à tout le monde dans un environnement urbain conçu à la fois pour attirer des milliers d'amateurs à des compétitions sportives, à des événements récréatifs, à la fois comme clients, comme voisins, comme participants, comme sportifs ou comme promeneurs.
L'opposition systématique de citoyens s'estimant désavantagés par cette revitalisation a sans doute obligé les promoteurs et les concepteurs à tenir compte de nouvelles réalités environnementales et sociales pour rendre le nouveau Lansdowne encore plus attrayant et convivial dans un milieu urbain. Seul le temps et l'usage permettront de le constater. Parmi les principaux défis, il y a celui du transport. Avec 1 400 places de stationnement, soit mille de moins qu'avant, le Lansdowne transformé obligera les amateurs à modifier leurs modes de transport solidement ancrés. Il n'est pas évident de changer radicalement les habitudes via le transport en commun ou d'opter pour le vélo pour assister à un match de football. Le baseball des Lynx et des Rapidz n'a pas eu de succès même avec un stade, le parc JetForm, tout près du Queensway et desservi par le Transitway... et un vaste parc de stationnement.
Comme dans tout projet de cette envergure et de cette complexité, il faut se donner le temps de bien faire les choses. Nous avons toutes les raisons de croire que ces projets, le sportif et l'urbain, sont bien engagés sur la voie de la réussite. Nous croyons également que le Rouge et Noir n'a pas lésiné pour bien s'arrimer aux amateurs québécois et franco-ontariens dont les allégeances, linguistiques et sportives, ont une tendance lourde à se tourner vers les équipes de Montréal.