Geneviève Fortin roule une centaine de kilomètres par jour pour faire le tour du monde.

La recette secrète du bonheur

Faire le tour du monde à vélo est déjà un exploit en soi. Mais pédaler en solitaire quand on est une femme exige une sacrée dose d'audace. La Gatinoise Geneviève Fortin n'en manque pas.
La jeune femme de 30 ans en est à son deuxième tour du monde à pédales. En 2006-2007, elle était partie avec son copain. Cette fois-ci, elle roule seule, exception faite des 1 900 premiers kilomètres de son périple qu'elle a complété avec une amie, Martine Larochelle.
Partie le 4 mai dernier, Geneviève Fortin a déjà traversé l'Italie, la Slovénie, la Croatie, la Bosnie, la Serbie, la Bulgarie et la Grèce avant d'arriver à Istanbul, en Turquie. De là, elle est repartie vers le Tadjikistan, une contrée aride de l'ex-URSS où elle compte arriver aux alentours du 20 juillet.
«Je veux faire la Pamir Highway qui est un peu l'ultime destination des cyclotouristes en quête d'aventure. C'est un plateau isolé en haute altitude entouré de sommets culminant à plus de 7 000 mètres», raconte la jeune femme par courriel, puisqu'elle n'a accès que sporadiquement à des moyens de télécommunications.
D'ici là, elle doit rejoindre un ami iranien à Douchanbé, la capitale du Tadjikistan. Des troubles à la frontière avec l'Afghanistan pourraient toutefois bousculer leurs plans. «Depuis la mi-mai, la Pamir est fermée aux touristes. Le gouvernement a émis une suspension de permis puisque dernièrement, il y aurait eu des actes violents à Korong. Je croise les doigts...»
Non, elle n'a pas froid aux yeux celle-là.
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D'autant que voyager seule, pour une femme, n'est pas sans risque. Geneviève Fortin en est consciente.
Jusqu'à maintenant, son voyage s'est déroulé sans anicroche, exception faite d'un épisode désagréable.
«Lors de notre deuxième journée en Turquie, à Martine et moi, un homme s'est exhibé devant moi sur la motocyclette. Heureusement, j'étais préparée à cette situation. J'avais lu le blogue d'une autre fille sur Internet... Alors j'ai gardé mon calme, j'ai pris un papier et un crayon, et j'ai dit: police! Je me suis penchée pour prendre sa plaque d'immatriculation. Il a déguerpi aussitôt!»
Après l'épisode, elle s'est tout de même procuré une bouteille de poivre de Cayenne, au cas où.
Mais généralement, les gens qu'elle rencontre sont gentils et accueillants.
«Je pense que 99 % des gens sont bons. Mais c'est un peu comme jouer à la roulette russe. Je sais qu'il y a des risques et encore plus quand on est une fille. Je ne sais jamais sur qui je vais tomber. Par contre, j'ai établi des règles auxquelles j'essaie de ne pas déroger. En même temps, j'imagine que c'est ça, l'aventure!»
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Geneviève Fortin fait partie de ces gens qui ne sont totalement en paix avec eux-mêmes qu'en voyage.
Rouler une centaine de kilomètres par jour, monter la tente, se faire à manger sur le réchaud, laver la vaisselle, c'est le pur bonheur pour elle.
Et puis, le but ultime de ce voyage qui n'a rien de touristique, c'est de faire des rencontres. Si bien que la nuit à l'hôtel demeure l'exception. Pour dormir, elle demande plutôt aux gens la permission de planter sa tente chez eux. C'est ainsi qu'elle provoque des occasions d'échanger avec les habitants.
«Généralement, tu es invitée à l'intérieur pour souper, voire pour toute la soirée.»
Et c'est ce qu'elle préfère, partager des repas avec les gens, pédaler seule à son rythme, cuisiner un bon repas en camping...
Par contre, elle n'aime pas les tunnels sombres en Bosnie, les propositions indécentes des hommes... Et ces satanés chiens turcs qui mordent les mollets. «Chaque fois, je dois freiner rapidement et crier le plus fort que je peux pour les effrayer!»
Si tout se déroule comme prévu, Geneviève sera de retour au pays en mai 2015. Elle reviendra, mais sans doute pour mieux repartir.
«Quand je suis sur mon vélo, j'ai le sentiment d'avoir trouvé le secret de la Caramilk, cette recette secrète du bonheur. Je pense qu'une fois que tu as goûté à ça, ça devient comme une drogue. Tu veux toujours y retourner!»