La chanteuse Meaghan Smith.

La pop, antidote à la malédiction

Le virage pop sur son deuxième album, Have a Heart, Meaghan Smith l'a pris dans l'espoir de faire mentir la rumeur de malédiction entourant le Juno de révélation de l'année, qu'elle a remporté en 2011.
«Selon ce que certaines personnes m'ont rapporté après avoir gagné, cette rumeur voudrait qu'on n'entende plus vraiment parler des lauréats de ce prix, comme si ce trophée représentait le haut fait de leur carrière...», raconte l'auteure-compositrice-interprète.
Vérification faite, aux côtés des moins connus Tal Bachman, Daniel Powter et Tomi Swick, la liste des lauréats dans cette catégorie (qui a changé de nom au cours des ans) comprend néanmoins Feist, Avril Lavigne, Drake et Serena Ryder. Sans oublier le crooner Michael Bublé, à qui Meaghan Smith avait justement été comparée, à cause des airs joyeusement rétro de son premier disque, The Cricket's Orchestra.
La Canadienne a néanmoins angoissé un peu à l'idée d'avoir reçu un mauvais sort en même temps que son trophée.
« J'avais commencé à écrire et composer de nouvelles chansons, mais elles sonnaient trop comme celles de mon premier album. Au point où je me suis dit que malédiction rimait peut-être avec répétition... »
Elle s'est donc mise au défi de toucher à « ce qu'il y avait de plus loin » de ce qu'elle faisait jusque-là, selon elle : la pop.
Les boucles électroniques et touches de synthétiseurs lui ont fait tourner la tête, a priori.
« Je n'aurais jamais été capable d'assumer de telles sonorités sur mon premier album ! clame-t-elle en riant. Cela dit, il demeurait essentiel pour moi qu'il reste quelque chose d'organique dans tout ça. »
Effluves vintage et jazzés
Il ne faut donc pas s'étonner que cordes, piano et cuivres soient encore présents. À l'instar des effluves vintage ou jazzés qui teintent ses nouveaux titres.
« Chaque chanson a sa personnalité propre, ce qui permet de varier les genres. »
Je t'aime évoque Paris au printemps, cite-t-elle en exemple. You Don't Wanna Love Me a bel et bien un côté « Jamesbondesque », affirme-t-elle fièrement.
Car les thèmes de ses textes, eux, ne s'éloignent pas vraiment d'elle.
« Je demeure l'éternelle romantique et celle qui va 'ventiler' certaines émotions par l'écriture d'une chanson comme Sucks To Be You, sur le gars qui a été trompé par celle-là même avec qui il m'avait fait le coup », explique-t-elle, mutine.
Au final, Meaghan Smith avoue qu'elle n'a « aucune idée » d'où elle se situe sur la scène pop. « Je n'ai pas essayé de me positionner par rapport à une chanteuse ou une autre. »
De toute façon, elle considère qu'elle s'est fait le plus beau des cadeaux en créant avec son mari (le guitariste et bidouilleur par excellence Jason Mingo) et Ron Lopata, chef de la division A & R (artistes et répertoire) et directeur artistique chez Warner Music Canada.
« En sortant de ma zone de confort de cette façon, je choque déjà certains fans, je le sais. En même temps, j'ai ainsi pu échapper à la cage dans laquelle on pourrait être tenté de m'enfermer », fait-elle valoir.
« Je ferai toujours une musique qui me ressemble, mais en m'accordant la liberté d'aller jouer avec la pop, je prouve aux gens, et à moi-même en tout premier lieu, que je n'ai pas peur du changement », renchérit-elle.
Si elle ne craint pas le changement sur le plan musical, il en va autrement sur le plan personnel. Sur la route, la formule
« (h)us-band » qui les réunissaient, son mari et elle deviendra trio dans quelques mois, puisque le couple attend son premier enfant pour le mois d'août.
« C'est une telle responsabilité, mettre un bébé au monde, que j'ai parfois la trouille de ne pas être à la hauteur de ses attentes ! » avoue la future maman, avant d'éclater de rire, comme pour faire retomber la pression qu'elle se met déjà sur les épaules.
« Tout ça pour dire qu'on partira en tournée, mais pas avant l'automne prochain et qu'on soit vraiment trois ! »