La police de Gatineau accusée de profilage systémique

L'Association pour la défense des droits sociaux (ADDS) de Gatineau accuse le Service de police de la Ville de Gatineau d'appliquer une politique de profilage systémique à l'encontre des personnes vulnérables qui circulent au centre-ville, dans le secteur Hull.
Le coordonnateur de l'ADDS, David Clément, a lancé cette accusation, mercredi, en remettant aux médias un document portant sur les amendes imposées en vertu du règlement 42-2003 de la Ville de Gatineau et qui fait état d'une augmentation de 57% du nombre d'infractions, entre 2008 et 2012.
Certaines infractions ont fait un bond spectaculaire, durant cette période. Ainsi, les constats pour avoir causé un désordre, un attroupement ou un défilé ont augmenté de 1975% passant de 8, en 2008, à 166 en 2012.
Le document indique aussi des hausses importantes du nombre de constats pour avoir uriné dans un lieu public, pour accès interdit dans un parc, pour avoir nui aux employés de la ville, ou pour avoir mendié sur un lieu public. D'autres personnes se font arrêter pour avoir traversé la rue au mauvais endroit, un geste que la plupart des gens posent fréquemment, mais qui est presque toujours toléré, a fait remarquer M. Clément.
«Il n'est pas rare, sur l'Île-de-Hull de se faire interpeller par les policiers, alors qu'on n'a commis aucune infraction et de se faire demander de s'identifier, ce que l'on fait là et où on va, alors que les gens ordinaires ou les fonctionnaires qui marchent sur la promenade du Portage ne sont pas traités ainsi. Pour nous c'est un signe clair que ce règlement est un outil systémique de profilage, pour 'judiciariser' les personnes qui circulent dans les rues du centre-ville», de continuer M. Clément.
En point de presse, le directeur du Service de police de Gatineau, Mario Harel, a répliqué que les statistiques dévoiles par l'ADDS touchent l'ensemble de la ville et non pas seulement le centre-ville, où environ 35% des constats d'infraction sont émis. M. Harel a expliqué que les policiers font face à une importante criminalité au centre-ville et qu'ils doivent être plus présents et interpeller des gens au besoin. Il a aussi affirmé que la direction de la police n'a émis aucune directive favorisant le profilage social et qu'au contraire, les allégations de profilage sont toujours vérifiées.
Plaintes au centre-ville
«Mais il y a une dynamique au centre-ville qui amène les policiers à être beaucoup plus présents et actifs. Il y a beaucoup de gestes illégaux dont les citoyens se plaignent, comme des seringues jetées dans les parcs ou la consommation de stupéfiants dans les endroits publics. J'admets qu'il y a eu une hausse importante des constats d'infraction parce que nous avons revu nos services et nous répondons à la demande de nos citoyens et de nos élus pour rétablir la paix publique», de dire le directeur qui a aussi plaidé pour un meilleur financement des organismes qui s'occupent des personnes vivant avec des problèmes de santé mentale et de toxicomanie.
Invité à commenter, le maire, Maxime Pedneaud-Jobin, a déclaré qu'il suit la situation de près, mais que les situations de profilage dénoncées sont surtout des cas isolés.
«Si c'est un système, on doit se poser des questions mais je ne suis pas convaincu que c'est une culture globale du service de police».