Avec la contribution faite au Musée canadien de l'histoire dans le cadre d'un partenariat inédit de cinq ans, ce sont tout près de 1,5 millions de dollars US qu'auront injecté les magnat de l'or noir dans la région.

La philanthropie de l'industrie pétrolière

Lorsque le Musée canadien des civilisations - aujourd'hui le musée de l'histoire - a annoncé fin novembre que l'Association canadienne des producteurs pétroliers (ACPP) deviendrait son principal partenaire privé, la nouvelle a fait réagir. Pourtant, depuis une première tentative de visibilité de l'industrie des sables bitumineux dans la région de la capitale, en 2011, celle-ci a financé tout près d'une vingtaine d'organismes et d'événements publics et caritatifs, révèlent des données compilées par LeDroit.
En fait, en incluant la contribution faite au Musée canadien de l'histoire dans le cadre d'un partenariat inédit de cinq ans, ce sont tout près de 1,5 million de dollars$ qu'auront injecté les magnats de l'or noir dans la région, tant à Ottawa qu'à Gatineau.
Depuis le mois dernier et jusqu'en 2018, l'organisme qui représente l'industrie canadienne du pétrole assurera le rôle de «partenaire officiel» de l'ensemble des expositions spéciales présentées par le Musée canadien de l'histoire, à commencer par une exposition de grande envergure sur la naissance de la confédération canadienne, nommée 1867. En contrepartie, le musée recevra un million de dollars de l'industrie, réparti sur cinq ans.
Le Centre national des arts (CNA), la Fondation des Sénateurs d'Ottawa, celle de l'Hôpital d'Ottawa, quelques laboratoires d'idées (think tank), festivals et congrès: les contributions de l'ACPP aux institutions et événements de la région sont aussi diversifiées que nombreuses, révèle une carte interactive accessible sur LeDroit.ca. Hormis le Musée, elles totaliseraient tout près de 500000$.
Par exemple, depuis trois ans, le Musée des sciences et de la technologie a bénéficié de subventions d'environ 105000$, pour diverses activités, soulevant certaines questions sur l'indépendance dont jouissent les musées fédéraux par rapport à leurs partenaires privés. Car de plus en plus, les musées et d'autres sociétés d'État comme la Commission de la capitale nationale n'ont d'autres choix que de se tourner vers le secteur privé pour commanditer certaines de leurs activités.
Fonds pour moins favorisés
«L'ACPP a offert des contributions à titre de commanditaire de niveau bronze de la «Soirée sciences et tech» au profit de la Fondation de la Société du Musée, explique son porte-parole, Olivier Bouffard. Les fonds amassés servent principalement à permettre à des groupes scolaires de milieux moins favorisés de visiter le musée à coût modique ou nul.»
Le «Sciences et tech» avait causé la controverse en invitant d'éventuels commanditaires, comme la Fondation Imperial Oil et l'ACPP, à participer à la préparation de l'exposition «Énergie, le pouvoir de choisir».
«Votre version des faits fera partie d'une approche équilibrée de manière à apporter des informations et une perspective au public qu'il n'est pas possible de fournir à travers les filtres des médias traditionnels», avait révélé une note interne.
À la demande expresse du président de l'ACPP, David Collyer, certaines images montrant d'énormes camions à l'oeuvre en Alberta avaient été retirées, «les images de camions miniers posant problème».
Au Musée de l'histoire, pas question d'influencer le contenu, a tenu à assurer M. Collyer, en entrevue.
«Le but est de donner une meilleure visibilité à notre industrie dans des régions du pays qui, autrement, n'en auraient pas, dit-il. On ne va pas influencer le contenu des expositions, rien comme ça», assure le président de l'ACPP, dont les membres comptent pour plus de 90% de la production canadienne de gaz naturel et de pétrole brut au pays.
L'ACPP a également financé des activités au Centre national des arts et au Musée des beaux-arts du Canada sans que celles-ci soulèvent l'ire du public, a souligné M. Collyer.
L'exposition 1867 traitera de la genèse de la confédération canadienne, de 1840 à 1867. Elle retracera l'évolution politique du pays et étudiera les facteurs sociaux, culturels, économiques et démographiques. La contribution de l'industrie du pétrole ne sera pas du lot, assure Mark O'Neill, le président-directeur général du Musée de l'histoire.