La part du souvenir

Avec la mort vient l'absence. Le vide à combler. Et, parfois, lorsqu'il s'agit de la perte d'un père ou d'une mère, l'inévitable retour à l'enfance. Demeurent néanmoins les souvenirs, avec lesquels il faut apprendre à composer.
Le ciel comme une prière
« La mort est une parole transparente/une maison aux murs épuisés/qui se tient debout. »
Déambulant dans les rues de la Basse-Ville (celles de Québec), Michel Pleau se souvient. De son père, dont il a « vu le feu quitter [le] corps ». De sa mère, aussi, qu'il revoit sur une photo en noir et blanc, souriant sous un pommier.
« Dans le bleu des murmures/nos lèvres découvrent/le poids nostalgique des choses », écrit-il.
Le poète marche, donc, en quête d'une part de lui, jamais tout à fait perdue, ni tout à fait oubliée. Mais à retrouver, quelque part à l'ombre de « l'arbre panique qui monte/jusqu'à l'étonnement de l'air ». Quelque part dans sa mémoire, par-delà la peur de la mort. Celle qui se conjugue tel « un verbe pour plus tard ».
Au gré du cheminement de Michel Pleau, le lecteur sera bercé de cette étrange sensation de se promener dans ses propres pensées, sous un ciel ouvert comme une prière, qui le renvoie irrémédiablement à lui-même et reflète ses états d'âme.
Au détour d'une rue, dans un éclat de lumière, chacun aura dès lors rendez-vous avec l'enfant qui « refait sous les nuages/la montée très lente des branches ».
La mémoire comme un ciel
« La mémoire est un ciel lent et bas. »
Dans son cinquième livre, Joanne Morency fait le deuil de sa mère, celle qu'on ne perd qu'une seule fois, comme « l'enfance, extirpée de ses chairs/Un monde sans oxygène ».
Dans les photos encadrées sur les murs, les larmes (ces « traces d'enfance roulant sur nos joues »), le silence et le vide, elle cherche elle aussi à ne rien perdre de ses souvenirs. Elle aspire à « devenir la forêt et chaque branche à la fois » pour se raccrocher à la vie. À l'horizon du quotidien, ce paysage qui « nous maintient en trois dimensions ».
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Le ciel de la basse-ville, Michel Pleau, Éditions David, 74 pages
Ce bruit de disparition, Joanne Morency, Triptyque, 68 pages