Les Zapartistes ont convié quelques personnages à la séance photo : Christian Vanasse nous présente Denis Coderre, Jean-François Nadeau joue à Philippe Couillard, Vincent Bolduc rend «hommage» à Régis Labeaume et François Patenaude, à Vladimir Poutine.

La «parole citoyenne» des Zapartistes

Humoristes sans affiliation officielle aux partis, malgré leur parti pris «de gauche», les Zapartistes mettent fin à leur traditionnelle revue de l'année. Mais pas avant d'avoir survolé 2013.
Zap 2013, qu'on pourra apprécier le 9 janvier à la Maison de la culture, leur permettra notamment de se montrer équitables envers les troupes de Pauline Marois. Car le quintette ne se privera pas d'égratigner le pouvoir en place, tout comme il a auparavant mordillé («parce que rire est une si jolie façon de montrer les dents», leur credo) les libéraux.
Au coeur du spectacle: le débat sur la laïcité et les signes religieux ostentatoires. «Mais notre analyse, c'est que ce sont les citoyens, plutôt que les politiciens, qui se sont exprimés cette année, à propos de la Charte», souligne François Patenaude. C'est pourquoi les Zapartistes délaisseront un peu les imitations de politiciens, pour mieux tendre l'oreille à «la parole citoyenne», devenue, dit-il, «une tendance lourde, depuis trois ans. On l'a vu avec le printemps érable et les étudiants. Là, ça continue avec la Charte».
Ils incarneront donc de nombreux «personnages de citoyens lambdas qui viendront s'exprimer sur la Charte, avec une très grande diversité d'opinions. Et ça semble assez jubilatoire, du point de vue des spectateurs: les gens reconnaissent les débats qu'ils ont vu au sein de leur parenté.»
Ces divergences d'opinions «reflètent beaucoup celles qui divisent le groupe», indique d'ailleurs M. Patenaude: «la position de certains Zapartistes par rapport à la Charte a varié à plusieurs reprises entre septembre et décembre», durant la grosse période d'écriture et de mise en forme de ce bilan. «On discute beaucoup et on n'est pas toujours d'accord - ce qui est très sain - et on s'en remet à la règle du 10%. Chaque membre a le droit d'être en désaccord avec 10% du contenu. Car «s'il fallait qu'on soit d'accord sur tout, il n'y aurait de spectacle!».
Les Zapartistes passeront en revue les élections municipales. Les témoignages entendus au fil de la commission Charbonneau» ont nourri le plaisir qu'ils ont à montrer du doigt, camper et exagérer «les politiciens croches», promet le satiriste. «Nos premiers scripteurs sont les politiciens [...] puis on va chercher ce qu'on appelle notre décodeur de bullsh*t.»
Première année du PQ
Cette équipe d'«indépendantistes convaincus» dressera le bilan de la première année du Parti québécois au pouvoir. «Pauline Marois prendra la parole pour essayer de soulever l'enthousiasme de ses supporteurs, mais on fait venir un péquiste déçu, quelqu'un qui fondait beaucoup d'espoirs sur le fait que le pays allait être dirigé autrement, après des années de règne libéral.»
«Pour nous, il y a assez peu de différences entre le PQ et le Parti libéral, surtout d'un point de vue économique. Les changements se font à une moins grande vitesse avec le PQ, mais ils nous conduisent au même endroit. Par exemple, pour faire rentrer le privé en remplacement du service public, les libéraux attaquent de front, alors que le PQ va y aller plus doucement, avec des commissions d'enquêtes», analyse M. Patenaude.
C'est pour «rester pertinents» que les Zapartistes s'imposent de loger tout le monde à la même enseigne critique, même si leur public compte «beaucoup de péquistes invétérés». Les commentaires «les plus sévères qu'on reçoit viennent de ceux qui nous perçoivent comme des alliés potentiels [mais qui] ne prennent, dans notre discours, que ce qui fait leur affaire, alors que nous, on critique ceux qui ont le pouvoir, peu importe la couleur du parti.»
«Des libéraux peuvent changer de point de vue à la suite des jokes qu'on fait, mais les chances sont faibles. On pense que notre parole peut avoir une plus grande portée parmi les troupes d'Amir Khadir, de Québec Solidaire, et dans la grande famille souverainiste», argue-t-il.
La politique fédérale et internationale est aussi au programme de Zap 2013.
Spectacles thématiques
François Patenaude et ses collègues tirent la plogue du Zap, mais pas leur révérence. «La revue prenait de plus en plus de place et on sentait qu'on avait fait le tour [du concept]. On a d'autres projets, des thèmes qu'on voulait approfondir.»
«Plutôt que se contenter d'être un observateur et un commentateur de l'actualité», ils souhaitent faire davantage de spectacles thématiques, tout au long de l'année. «On voudrait pouvoir se concentrer sur un seul sujet» à la fois si possible et le creuser pendant 1h30, «pour avoir le temps d'approfondir, de poser des questions, de faire réfléchir ou de susciter des malaises dans la foule».
Des thèmes «délicats, comme par exemple, la religion et la montée des intégrismes», que les satiristes auront eux-mêmes choisi, plutôt que des sujets que leur impose cette formule, en les «condamnant à coller à l'actualité».