Au coeur de cette «pièce de théâtre chantée» on retrouve Maude Guérin qui brille de tous ses feux. La pièce est présentée jusqu'à samedi, à la salle Odyssée de la Maison de la culture de Gatineau.

La noble lumière des âmes humbles

Tant par son jeu que par son interprétation vocale, Maude Guérin a brillé de tous ses feux, hier, à la Maison de la culture de Gatineau. Sans doute la comédienne est-elle aidée par la métaphore solaire filée par Le Chant de Sainte Carmen de la Main, où elle campe Carmen, avec toute la fougue, l'aplomb et les fêlures qu'il faut pour imposer un tel personnage.
Car Carmen, ici, est l'astre rayonnant qui se dresse sur la rue Saint-Laurent, rebaptisée la Main.
Celle dont les chansons entendent faire sécher la pluie et les idées noires de ceux qui vivotent aux abords de l'artère montréalaise mal famée.
Celle qui refuse son destin en même temps qu'elle défie son chum Maurice - Normand D'Amour, royal en crapule attendrissante et empoisonneur qui s'ignore -; proprio du club miteux où elle chante, mais baron du secteur, Maurice, plus par sens de des affaires que par flair artistique, veut voir Carmen continuer à yodler, alors qu'elle veut toucher le monde, son petit monde, en chantant en français les maux de la Main, et non plus ceux des cow-boys du Montana.
Celle grâce à qui l'humble faune d'exclus et de «poqués» pourrait bien retrouver l'envie de se relever.
De se tenir deboutte.
Et, surtout, se tenir ensemble.
Car c'est de solidarité qu'il est question, ici.
D'espoir et de dignité.
Au coeur de cette «pièce de théâtre chantée» concoctée par René Richard Cyr, au livret et à la mise en scène, et Daniel Bélanger, aux partitions, d'après l'oeuvre de Michel Tremblay (trio à la source du succès des Belles-Soeurs), est un choeur. Un choeur tout cabossé, mais porteur d'une dignité à la force lyrique. Qui va battre et vibrer jusqu'à samedi, à la salle Odyssée.
Quel magnifique terreau dramaturgique que ce sympathique ramassis de marginaux, ces effouérés de la Main, crackpots et perdus autoproclamés, dopés et saoulons, pimps et fifis, bandits, crosseurs, paumés, blessés, cassés, mal emmanchés, mal dégrossis.
Une gang endolorie que la dignité interdit de «brailler», même si «les chèques y passaient pas». Qui arbore sa «vulgarité» comme une marque de distinction. Et se tricote une autre noblesse, dans les mailles serrées.
Un troupeau d'une vingtaine de têtes, où se distinguent plus particulièrement Gloria, l'ex-diva des rythmes sud-américains qui préparent son come-back (France Castel, pleine de coffre), Bec-de-Lièvre (Eveline Gélinas), petite souris transie, et l'irascible Tooth Pick (Benoît McGinnis). Ils sont flanqués de quatre musiciens, dont Philippe Brault, derrière sa contrebasse.
Le décor aussi est assez nu, mal dégrossi, comme si le public était backstage. Seul un panneau mobile, écran lumineux, suggère les feux de la rampes. Ingénieux, car s'y dessineront aussi les silhouettes de la ville, ou un astre rouge flamboyant.
L'émotion, elle est bien prégnante, gagnant même en intensité à chaque partie chantée. Elle a plané hier comme un soleil sur une salle Odyssée comble et comblée, qui a réservé à Sainte Carmen et sa troupe une ovation debout.
POUR Y ALLER :
Quand ? Jusqu'au 8 février, à 20 h
Où ? Maison de la culture de Gatineau
Renseignements ? 819-243-2525; salleodyssee.ca